Le Paranormal démystifié par les Sciences

 

 

 

 

Elie Volf

 Benjamin Lisan

 Antoine Thivel

 

 

Collaboration de

Jocelyn Bézecourt

Eric Lowen

 

 

 

 

 

 


 

Les auteurs

 

Elie Volf ; maître de conférence honoraire et Docteur ès Sciences. Il est membre du conseil d’administration de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS). Il a rédigé pour cette association et sa revue « Sciences et pseudo-sciences » de nombreux articles et notes de lectures. Il a publié un article sur l’Affaire Marie Besnard dans le numéro d’Historia d’Octobre 2006.

 

Benjamin Lisan : ingénieur informaticien, diplômé de l’Institut national des sciences appliquées de Lyon (INSA), et de l’Institut des Techniques Nucléaires de Saclay (INSTN).Par ses nombreux voyages humanitaires dans l’Himalaya, et en Orient, il a pris connaissance des philosophies et techniques médicales orientales.

 

Antoine Thivel : professeur agrégé et professeur honoraire de civilisation grecque à la faculté de Nice, Docteur Es lettres (thèse sur Hippocrate). Il est membre du conseil d’administration, de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS

 

Eric Lowen : Docteur en histoire des sciences et directeur du centre Aldéran de Philosophie de Toulouse.

 

Jocelyn Bézécourt : Docteur en astrophysique.et informaticien.


« La grande presse et les périodiques de vulgarisation sont sollicités par des expériences diverses, nécessité d’insérer une information surabondante laquelle faute de place est insuffisamment expliquée, quête commerciale de la sensation ne reculant pas toujours devant la désinformation ou la complaisance pour l’irrationnel. D’où une certaine déshumanisation des nouvelles scientifiques ».

Michel Rouzé, Cahiers de l’agence française d’information scientifique, N°1, Novembre 1968.

 

 « La tolérance à l’incompréhensible est devenue banale et explique notre vulnérabilité aux assauts irrationalistes [ … ] ».

Jean Michel Besnier, L’irrationnel nous menace t-il ?, p 15.

 

« Je ne m'estime pas obligé de croire que le même Dieu qui nous a dotés du sens, de la raison et de l'intellect, avait l'intention de nous faire oublier leur utilisation », Galileo Galilei (1564-1642).

 

« En admettant que les faits suivants soient radicalement faux, la seule idée de leur simple possibilité est tout aussi terrible que le pourrait être leur authenticité démontrée et reconnue ».  Auguste Villiers de l'Isle-Adam

 


Remerciements :

Nous remercions :

Jean Michel Besnier; professeur de philosophie à Paris IV et à Polytechnique pour ses conseils sur l’orientation de l’ouvrage.

Gérald Bronner, maître de conférence en sociologie pour sa contribution importante sur les chapitres relatifs à la sociologie.

Christophe Cunniet pour son aide pour le chapitre « Pouvoirs magiques ».

 

Charles Kappenstein, professeur de chimie organique à l’université de Poitiers, pour ses encouragements et conseils.

Ernest Emile Lopez Sanson de Longval. Docteur en archéologie de l’université de Mexico  pour ses compléments sur les  élucubrations en archéologie sud américaine.

 

Gérard Majax pour sa contribution importante sur le chapitre « Pouvoirs magiques ».

 

Stephanie Bonnet pour la mise en forme, la lecture et la pré-correction du texte.

 

Hubert Espagnac et sa compagne Laurence pour leur aide à la correction.


SOMMAIRE

Remerciements : IV

INTRODUCTION  6

 

CHAPITRE I : Méthodologie de vérification et de réfutation d’une information  48

    Critères de validité d’une  information. Erreur ! Signet non défini.

Le problème du niveau culturel et de la formation à l’esprit critique. Erreur ! Signet non défini.

    Erreurs dans les généralisations et le raisonnement inductif Erreur ! Signet non défini.

Raisonnement par syllogismes abusifs ou biaisés. Erreur ! Signet non défini.

Croire que deux thèses opposées peuvent coexister Erreur ! Signet non défini.

L’attente affective d’un fait Erreur ! Signet non défini.

Le problème des conditions initiales. Erreur ! Signet non défini.

La faiblesse d’un échantillonnage. Erreur ! Signet non défini.

Regroupements dans la même statistique de données diverses. Erreur ! Signet non défini.

Les effets des influences culturelles, du nombre et de la pression du groupe. 49

La bonne foi de l’informateur 50

Fragilité du témoignage humain et de la mémoire. 51

La trop grande confiance dans les experts. 51

Les médias en questions. 52

L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence d’un fait 52

Raisonnement analogique ou raisonnement par similitude. 52

L’illusion de détenir la vérité. 53

Glissement de sens ou effet métonymique. 54

Abus de sens ou abus sémantiques. 54

Effet de paresse intellectuelle ou d’indifférence. 55

Confusion entre lien de corrélation et lien de causalité. 55

Inversion de la cause et des effets. 55

Le raisonnement circulaire. 56

Effet creux et prétentieux d’un discours. 57

L’effet téléphone arabe. 57

L’effet cumulatif des petits oublis ou ajouts « anodins ». 58

Conclusion sur les erreurs logiques de raisonnement 58

 

CHAPITRE III : Propagation et déformation d’une information  59

Les mythes. 59

Exemple de « mal-information » : le massacre de Timisoara. 63

Métarécits. 64

Rumeurs. 65

Propagation de rumeurs à partir d’une information mensongère ou tronquée. 65

Propagation de rumeurs dues à une psychose collective. 66

Chaînes de lettres. 69

Les hoax ou canulars électroniques. 71

 

Chapitre IV : Manipulations et manipulés  74

Mécanismes de la manipulation. 74

Persuasion et autosubjectivité. 79

Mécanismes sectaires. 81

Manipulation par une  soumission abusive ou effet Milgram.. 86

 

Chapitre V : L’univers de la psychologie et du psychisme  88

L’inconscient freudien. 88

Influences inconscientes sur nos mouvements. 88

Hallucination. 89

Rêves. 90

Impression de déjà-vu. 90

Le déjà vécu. 91

Faux souvenirs ou fausse mémoire. 91

Chapitre VI 94

Méthodes psychiques subjectives  94

Méditation et méditation transcendantale. 94

Hypnose. 96

Méthode Coué dite auto-subjective. 98

Le yoga. 101

 

CHAPITRE VII : Les fraudes et erreurs  en sciences de la vie  103

Erreurs et fraudes scientifiques. 103

Fraudes en sciences de la vie. 103

Elucubrations parazoologiques. 108

La fraude en paléontologie. 112

 

CHAPITRE VIII : Les erreurs et fraudes  en sciences physiques  121

Fraudes et élucubrations en sciences physiques. 123

CHAPITRE IX. 131

Fraudes et élucubrations archéologiques ou archéomania. 131

     Sites orientaux. 132

 

CHAPITRE X : L’Ufologie et ses fraudes  140

Le cas de Raël 141

L’affaire Roswell à résumer 142

Le cas Adamski 144

La fragilité du témoignage humain. 146

Les éléments de doute. 148

Conclusion concernant l’absence de preuve de visites extraterrestres. 149

 

CHAPITRE XI : Médecines de l’âme et para-sciences psychiques  150

Psychothérapies  et dérives psychothérapiques. 150

Psychanalyse. 152

L’antipsychiatrie. 157

Thérapies comportementales. 157

Dérives psychothérapiques sectaires. 160

La programmation neurolinguistique ou PNL. 161

Conclusion sur les psychothérapies. 164

 

CHAPITRE XII : Doctrines para-philosophiques diverses  165

Métapsychie ou métapsychisme. 165

L’Ecole de para-psychologie du colloque de Cordoue à déveloper 165

Théosophie. 166

Anthroposophie. 167

Le New Age. 167

Symbolisme. 169

Méthodes psychomorphologiques. 172

 

CHAPITRE XIII : Pouvoirs Magiques  174

La magie. 174

L’Illusionnisme des physiciens. 176

L’illusionnisme de nos jours. 181

La magie des gourous et des sectes. 185

Le mentalisme. 186

Télékinésie. 187

La lévitation et la catalepsie. 188

La décorporation. 190

 

CHAPITRE XIV : Désordres psychiques, envoûtement et pouvoir de l’esprit 191

Possession. 191

Auto-envoûtement 193

La transe. 194

Sorcellerie en Afrique. 195

La transe vaudou. 197

La sorcellerie en occident 198

 

CHAPITRE XV : Pseudo-réceptivité aux champs de radiation  201

Rappels sur la radiesthésie. 201

La sourcellerie. 201

Recherche divinatoire par pendule explorateur 205

Magnétisme animal ou mesmérisme. 206

La magnéto-thérapie 208

Radionique. 212

 

CHAPITRE XVI : Perceptions et Para-perceptions  213

Perception du temps. 213

Perception et illusions visuelles. 218

Vision « paraoptique ». 222

Les perceptions subjectives : hallucination, hantise. 223

 

CHAPITRE XVII : « Communications » avec l’au-delà et les défunts  226

Spiritisme. 227

Tables tournantes. 229

Tables frappantes dites parlantes. 230

Le spiritisme dans la société. 230

Truquages en spiritisme. 233

Pseudo-communication avec les défunts. 236

Transcommunication instrumentale. 238

 

CHAPITRE XVIII : A l’approche de la mort 240

Thanatologie. 240

Les expériences aux frontières de la vie (NDE) 242

 

CHAPITRE XIX : Conceptions et visions de l’Au-delà  247

Mythes religieux sur des mécanismes post mortem.. 247

L’eschatologie, ou « l’au-delà » de la vie vu par les religions. 248

Croyances aux fins dernières. 250

Eschatologie dans les religions d’Extrème-Orient 254

La réincarnation chez les spirites. 259

 

CHAPITRE XX : Surnaturel et croyances religieuses  260

Sondages sur le christianisme en France 260

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Les miracles. 270

Apparitions mariales. 270

Les miracles cycliques. 278

Miracles juifs et indouïstes. 280

 

CHAPITRE XXI : Mécanismes des croyances au surnaturel 282

Prophéties. 282

Les prédictions et prophéties de Nostradamus. 284

Mécanismes des croyances au paranormal 285

Voyance. 285

Prévisions et statistiques. 287

 

CHAPITRE XXI : Les arts divinatoires  293

Données économiques et statistiques sur les arts divinatoires. 293

Astrologie sidérale ou astrologie stellaire. 296

Astrologie des tropiques. 299

Arts divinatoires de l’extrême orient 305

Mancies diverses. 312

Numérologie. 313

Chiromancie. 315

Graphologie. 315

Mancies anciennes peu pratiquées de nos jours. 317

Arts divinatoires divers 319

 

CHAPITRE XXIII : Ondes et environnement ou géomancie  320

Le Feng shui 320

La géobiologie. 323

Litho-thérapie. 326

 

CHAPITRE XXIV : Les thérapies alternatives occidentales  328

Les biorythmes. 328

Médecines dites douces ou alternatives et effet placebo. 328

Homéopathie. 330

Médecines alternatives diverses. 337

 

CHAPITRE XXV : Les médecines traditionnelles de l’Orient 344

La médecine traditionnelle chinoise. 344

Concepts de la médecine Amshi ou Tibétaine. 349

Médecines alternatives dérivées de la médecine traditionnelle chinoise. 351

La réflexologie des mains. 354

Médecine traditionnelle indienne Ayurvedique ou ayur védique. 355

Chromothérapie. 357

Le Reiki 357

 

Conclusions. 358

Lexique des mots employés. 361

Bibliographie. 375


INTRODUCTION

Cet ouvrage a été un travail d’équipe, réunissant des littéraires, des sociologues, des psychologues et de nombreuses autres compétences.

 

Nous avons rédigé cet ouvrage dans un esprit encyclopédique pour encourager le maximum de gens à cultiver leur curiosité et leur esprit critique.

Nous regrettons la persistance de nombreuses croyances irrationnelles et superstitions, et malgré les progrès prodigieux des sciences et des techniques.

 

La popularité de certains domaines jamais démontrés scientifiquement (fantômes, extraterrestres, télépathie, etc.) et les approches particulières qui s’y intéressent (parapsychologie et parasciences) ne se dément toujours pas.

Bien des personnes croient encore à des domaines pourtant réfutés, depuis le XVII° siècle, comme les prédictions astrologiques et certaines médecines alternatives. D’autres vont consulter les médiums et croient à leurs prédictions.

À l’heure actuelle, de nombreuses personnes croient encore en l’intervention du surnaturel ou du paranormal pour expliquer nombre de phénomènes observables et étranges. Or ces phénomènes étranges, en apparence, sont, la plupart du temps, explicables par les connaissances scientifiques actuelles.

 

Dans le passé, à la faveur du déclin des croyances religieuses vers les années 1960, certains auteurs, comme Louis Pauwels et Jacques Bergier,à travers leur ouvrage Le matin des magiciens et leur revue Planète [1], ces auteurs ont popularisé le mystérieux et le fantastique.

Actuellement, cette persistance de l’irrationnel est surtout due à l’importance médiatique des arts divinatoires (astrologie stellaire, astrologie chinoise, numérologie…) et de thérapies alternatives, dérivées de certaines anciennes médecines orientales.

Nombreuses sont les personnes ne faisant aucune distinction entre fiction et réalité et prenant pour vrai le contenu des ouvrages comme l’Alchimiste de Paul Coelho, le Da Vinci Code de  Dan Brown[2] , les livres de Christian Jacques sur la mythologie égyptienne etc. … [3].

Beaucoup de messages mensongers des médias restent tolérés par le public, du fait de leur manque de formation scientifique ou critique.

D’autre part, des associations prônant des thérapies et doctrines douteuses et dangereuses (comme le végétalisme) ont pignon sur rue et fleurissent dans les salons dits « bio » (Marjolaine, Vivre Autrement, bio Sésame et Harmonies…). De même, le rayon sciences occultes a une place toujours importante dans les librairies.

De plus, certaines croyances et doctrines irrationnelles dangereuses peuvent détruire la vie de personnes fragiles. C’est le cas de certaines « doctrines » apocalyptiques prônant la communication avec les défunts et pouvant convaincre leurs adeptes de se suicider pour rejoindre un hypothétique au-delà. De même, l ’astrologie poussée à son paroxysme peut conduire une personne à asservir totalement sa vie et son comportement aux prédictions astrologiques de voyants, de médiums etc.

 

Les sectes aux enseignements douteux ou mystificateurs continuent à prospérer, malgré les dénonciations portées à leur encontre et les dispositifs en France.comme la commission de la Mission Interminestrielle de Vigilance et de lutte contre les dérives sectaires  (MIVILUDES ).

De nombreux gourous et sectes induisent la confusion entre croyances et sciences, mysticisme et rationalité, comme c’est le cas avec Claude Vorilhon fondateur du mouvement Raël.  D’ailleurs, Raël avait oser nommer Michel Onfray [4] « prêtre honoraire  » du mouvement raëlien, ce qu’a dénoncé ce dernier [5].

 

L’opinion réprobatrice de quelqu’un reste le plus souvent noyée dans le flot moutonnier de ceux qui ne se posent pas de questions.

 

Heureusement, quelques esprits critiques cherchent malgré tout à développer leur doute, et le succès du livre Devenez sorcier, devenez savant de Georges Charpak et Henri Broch [6] est encourageant. Ce bestseller s’est vendu en France, entre 2002 et 2003, à plus de 380 000 exemplaires.

 

A l’exemple de ces deux auteurs, nous avons donc décidé de rédiger cet ouvrage « parce que nous vivons dans un monde où l’irrationnel est de mode, où les sectes, les intégrismes religieux et les arts divinatoires ont de plus en plus d’audience et parce que les médias, devant des doctrines irrationnelles, créent une confusion fréquente entre critique et censure » [7].

 

Notre but a été d’analyser et de démystifier certaines doctrines ou impostures, plus ou moins répandues dans l’opinion publique.

 

La parapsychologie[8], faisant partie du paranormal et étudiant des phénomènes tels que les arts divinatoires, la voyance, la radiesthésie, la télékinésie, la télépathie…, sera donc traité par notre livre.

 

Nous nous intéresserons aussi aux impostures intellectuelles (scientifiques ou non), ainsi qu’à certaines erreurs scientifiques.

 

Dans notre ouvrage, nous faisons la distinction entre fausses-sciences et sciences marginales[9].

 

La plupart des groupes sectaires utilisent les méthodes du paranormal en psychologie et en thérapie. Il nous a donc semblé indispensable d’aborder aussi le problème des phénomènes sectaires, comme les mécanismes d’embrigadement et de persuasion, pratiqués dans ces groupes. Ces derniers ayant pour but de faire perdre à leurs victimes tout esprit critique face aux mystifications et manipulations de ces sectes.

 

Nous avons voulu donner, autant que possible, à cet ouvrage, un caractère encyclopédique, même si nous n’avons pu épuiser un domaine aussi vaste et évolutif que le paranomal. Donc de ce fait, que le lecteur nous excuse par avance  de n’avoir pu traiter tous les sujets en relation avec le paranormal.

Notre ambition, en rédigeant ce livre, a été de rester aussi objectifs que possible, appuyant nos affirmations sur des données fiables, se recoupant, provenant de plusieurs sources. Nous avons abordé, autant que possible, tous les exemples représentatifs du paranormal, en les soumettant à la démarche scientifique.

Il est possible que nous ayons commis des erreurs ou omis involontairement des nouvelles informations. Que le lecteur alors nous en excuse.

Certains pourront nous reprocher le côté fourre-tout de notre travail. Ceci est voulu car nous avons désiré aborder le plus grand nombre de cas possibles, apparemment sans rapport entre eux, afin de démontrer leur caractère frauduleux.

Nous avons voulu montrer que la démarcation entre Science et fausses sciences ne cesse d’évoluer au cours des siècles et qu’elle n’est pas toujours claire dans certains domaine. Certains domaines de la connaisances, considérés sciences, dans le passé, sont devenus de fausses sciences, comme l’alchimie, à l’heure actuelle …

Nous espérons que cet ouvrage facilitera la compréhension de certains phénomènes et doctrines auprès du plus grand nombre, en tenant compte de leur culture d’origine. Selon ses domaines d’intérêt, le lecteur pourra, selon  le cas, approfondir ou délaisser certaines pages de l’ouvrage.

Nous espérons que le lecteur sera animé, comme nous, par le doute scientifique,  nous permettant d’être plus vigilant face aux escroqueries.

Dans la suite, notre livre poursuivra quatre buts, liés entre eux :

 

  1. rappel de la démarche scientifique,
  2. rappel des méthodes de vérification des informations,
  3. analyse des mécanismes des manipulations mentales,
  4. analyse et vérification des impostures et des fraudes.

 

Benjamin Lisan, Élie Volf

 


CHAPITRE I

La méthodologie scientifique

 

« La fausseté d’une idée ne saurait l’empêcher d’être belle, et il y a certaines erreurs si ingénieuses qu’on regretterait qu’elles ne figurassent point aux démarches de l’esprit humain  [10]», Jean Rostand

 

Introduction

La science et la méthodologie scientifique, du fait de sa réussite éclatante et de la multiplicité de ses retombés pour le genre humain, bénéficie actuellement d’un grand prestige, dans le monde contemporain.

Pourtant, bien que tous les gens en parlent et semblent la connaître, bien peu de personnes, en fait _ à part les scientifiques eux-même _, savant réellement ce qu’est l’esprit et la méthode scientifique. Ces domaines sont encore entourés d’un grand mystère dans l’esprit du public. Certains y voient même une sorte de magie très puissante, infaillible, qui pourrait tout résoudre.

Voyons ce qu’est, en fait, cette méthode et éventuellement d’où elle est venue.

 

L’origine de la pensée scientifique

Certains on tenté de faire remonter la pensée scientifique à la pensée antique grecque, survenue les 5° et 6° siècles avant JC. Selon Platon, « il est impossible qu’un fait, quel qu’il soit, puisse apparaître sans cause » [11].

En fait, si les grecs ont tenté de trouver des relations de causes à effets, dans les phénomènes naturels, plutôt que de s’en remettent à l’intervention des dieux pour les expliquer, leurs explications restaient toutefois très limitées, sans rechercher à les faire reposer sur des vérifications rigoureuses et très spéculatives. L’univers intellectuel des grecs restait rempli de magie et de religion.

Avant la naissance de l’esprit réellement scientifique, a existé le scepticisme, dont une de ses variante fut le scepticisme absolu de Pyrrhon (vers 365, vers 275 av. J-C.) [12] [13] [14]. Pour Pyrrhon, le doute ne peut être surmonté du fait de l’impuissance de l’esprit à atteindre la certitude [15]. Pyrrhon niait que l’homme puisse atteindre la vérité. Il pensait que tous les êtres organisés dans la nature étaient soumis à un renouvellement continuel, et qu’on ne pouvait en connaître que les apparences. Parmi les hommes, on ne rencontre qu’erreurs et contradictions de l’esprit, illusion des sens. A chaque proposition, on pouvait rencontrer son contraire, parfois tout aussi également probable ( !). Il en résulte que le sage ne doit pas porter de jugement. Il perçoit des apparences, mais ne peut les proclamer comme vraies. Le pyrrhonisme se caractérise par le refus de toute affirmation dogmatique.

Pendant longtemps, les penseurs, avant le 16° siècle, ont raisonné majoritairement par convictions et certitudes et par des spéculations théoriques, à la façon des grecs, sans vraiment se préoccuper de savoir si leur conviction pouvait être réfuté ou vérifié rigoureusement par les faits observés dans la nature. Ce n’est qu’à partir de Galilée, qu’on a commencé à vérifier par une analyse rigoureuse des faits expérimentaux, les affirmations philosophiques émises sur le fonctionnement de la nature.

 

La méthodologie scientifique

La méthodologie scientifique a été élaborée vers les 16°, 17° et 18° siècles, par de grands penseurs philosophes et scientifiques, dont Galilée et Descartes _ Descartes ayant en grande partie formalisée cette méthodologie.

La démarche scientifique est une démarche extrêmement rigoureuse et tatillonne. Elle descend dans le moindre détail, comme dans une enquête réalisée par la police scientifique. Tout détail même le plus anodin est un indice intéressant. Durant le processus de vérification et de validation scientifique, on vérifie, on vérifie de nouveau tout sans cesse, on procède à des contre-vérifications rigoureuses, tant que subsiste le moindre doute … Durant celui-ci, on doit procéder à une abondance de vérifications, que le contraire.

Tout scientifique doit nécessairement passer par la « fourches caudines » obligées de cette démarche … Aucun ne peut s’y soustraire. Par cette démarche, on ne peut ainsi avancer des affirmations scientifiques à la légère.

 

La démarche scientifique procède par le doute raisonnable. Le doute dit raisonnable  doit dépendre de  nombreuses vérifications  qui pouvant être remises à chaque instant par de nouvelles connaissances.

 

La démarche scientifique part d’un certain nombre de concepts présupposés issus de l’expérience que nous allons exposer.

La démarche scientifique repose sur les présupposés suivants :

a) Toute la nature est régie par des lois globalement déterministes. Tel phénomène A provoque tel autre phénomène B, B provoque C, etc. [16].

Bien que la mécanique quantique ait remis en cause, dans certaines limites précises, cette vision strictement déterministe, on admet toutefois, que le déterminisme des lois physiques de l’univers s’applique au niveau macroscopique, même si ce n’est plus le cas à l’échelle des particules élémentaires.

b) Il n’existe pas de suspension des lois connues de la nature suite à l’intervention de phénomènes magiques ou de forces supérieures qui ne procéderaient pas de lois déterministes déjà pré-existantes dans l’univers qui nous entoure.

c) Les phénomènes observés scientifiquement doivent être reproductibles :

la science procède, la plupart du temps, par la remise en question des différentes théories ou hypothèses qui ont été établies successivement. Toute nouvelle théorie doit pouvoir être testée par plusieurs personnes, si possible à l’aide de différents appareillages ou méthodes, et surtout en plusieurs lieux et dans le temps. C’est possible, car une loi physique est reproductible partout dans l’univers.

 

d) si l’on part des mêmes conditions initiales, les lois physiques de l’univers sont structurellement stables dans le temps et l’espace (par exemple, les lois de Newton ou d’Einstein, ou encore celles décrivant les trajectoires planétaires, ou encore les lois d’émission des raies spectrales des atomes ou des molécules sont les mêmes ici dans notre galaxie, dans la Voie Lactée, que dans la nébuleuse d’Andromède. Elles étaient aussi valables il y a 2 siècles que maintenant.

e) Le monde est essentiellement cohérent. Aucune loi ne peut contredire une autre loi. Elle peut juste limiter ou contrecarrer l’action d’une autre loi. Comme une force magnétique empêche une bille d’acier de tomber, sous l’effet de la gravitation[17].

f) La science admet l’existence d’une réalité ultime et certaine.

g) La démarche scientifique est aussi fondée sur l’observation que le monde observé n’est pas essentiellement trompeur, qu’il y a des données constantes observables dans ce monde, en particulier, qu’il y a des lois physiques stables dans l’univers, dans le temps et l’espace.

 

h) Les lois physiques de l’univers suivent des lois mathématiques :

De nombreuses observations ont apporté la conviction que les lois de l’univers suivent essentiellement des lois mathématiques. On ne fait qu’observer ce constat.

 

Toutes les lois de l’univers peuvent être ramenées à une succession d’un grand nombre de lois « simples » [18]..

 

Cette conviction des scientifiques de pouvoir toujours ramener l’univers à une série limitée de lois simples a toujours été, jusqu’à présent, vérifiée. Dans la pratique, ramener toutes les lois de l’univers à une succession de lois simples facilite leurs vérifications.

 

L’affirmation de l’existence de lois simples à la base de toutes les autres lois ne veut pas dire que l’univers, dans sa globalité, ne soit pas extrêmement complexe. La science ne fournit que des modèles et théories de la réalité. Elle n’a jamais affirmé que ces modèles sont « la vérité absolue ultime » ou qu’elle détient la Vérité avec un grand V. La science admet juste que les modèles découverts et lois simples déduites ne sont que l’approximation d’une réalité encore non connue (dans sa totalité).

Pour les scientifiques, il n’y a pas de voie magique ou royale à la connaissance. Cette dernière ne peut être obtenue qu’à partir de nombreux efforts d’investigation et par de nombreuses expérimentations.

De nouvelles « certitudes scientifiques » doivent être justifiées par des investigations. Celles-ci devant apporter des justificatifs pour valider toute nouvelle théorie scientifique [19].

La démarche scientifique procède, par étapes, selon le cycle :

 

- observation de nouveaux faits,

- élaboration d’une nouvelle théorie intégrant ces nouveaux faits (s’ils sont réellement nouveaux et inconnus [20]),

- vérification de cette nouvelle théorie par de nouvelles observations, si cette théorie prévoit de nouveaux résultats expérimentaux. Vérification expérimentale que ces résultats prévus existent bien et qu’ils correspondent exactement aux prédictions etc. …  Toute nouvelle théorie doit être vérifiée minutieusement, jusque dans ses moindres aspects et détails.

- et ainsi de suite.

 

Pour valider une information ou une donnée nouvelle, un phénomène nouveau, inhabituel, il faut éventuellement effectuer un regroupement logique des informations ainsi que les interprétations de chaque intervenant (témoins, expérimentateurs, observateurs). Il faut vérifier qu’aucune information extérieure ou tendancieuse ne vienne perturber leur jugement.

Dans le doute, et pour éviter toute désinformation à propos de l’authenticité d’une information, surtout si celle-ci est extraordinaire.

 Il faut regrouper les informations et les recouper avec différentes sources ou  les soumettre à des contre-expériences tout particulièrement dans le cas de l’annonce de nouveaux résultats d’expérience. Cette rigueur peut permettre d’éliminer les contre-vérités, les erreurs et les impostures.

Un principe clé de la méthodologie scientifique est que personne ne peut déclarer exacte une allégation, s’il ne peut la justifier par des preuves expérimentales ou des arguments théoriques. On n’a pas réponse à tout, et des tests empiriques peuvent éviter bien des erreurs. Il faut être méfiant envers des informations tronquées, incomplètes, car elles peuvent nous conduire à des interprétations erronées et à affirmer de complètes inepties. Toute information incomplète doit être complétée ou rejetée.

Si l’on a mal appliqué une relation ou négligé un phénomène, notre propre intuition peut nous persuader, en toute bonne foi et à tord, de la justesse de notre hypothèse. C’est pourquoi, pour éviter ce genre d’erreur, il nous est nécessaire de vérifier l’information ou la donnée incriminée. Nous la vérifierons à partir de plusieurs sources indépendantes et nous procéderons à des contre-expérimentations. Nous réaliserons aussi de multiples vérifications répétitives du phénomène ou du fait, en en modifiant éventuellement les conditions expérimentales. Toutes ces vérifications et contre-vérifications ont pour but de confirmer, aussi rigoureusement que possible, nos hypothèses.

Rien ne doit être négligé pour éviter à tout prix le risque de commettre l’erreur, même la plus minime. Ce type de démarche doit être aussi appliqué à la vérification d’un fait observé. On ne peut jamais se contenter de la bonne foi d’une personne aussi respectable soit-elle. Aucun domaine de la science ne peut se passer ou être exempt de cette démarche très exigeante ou se croire être « au-dessus » ou hors de l’expérimentation scientifique.

Dans tous les cas, toute hypothèse nouvelle devra être confirmée par d’autres personnes. L’intuition conduit généralement vers la bonne voie, mais le mieux est de la vérifier et de la faire vérifier par d’autres personnes avant toute conclusion hâtive.

Sinon, en sciences humaines et économiques, mais aussi en physique relativiste, l’observation peut modifier l’expérimentation et perturber la mesure. Selon J. S. Bell [21], « le problème de la mesure et de l’observation est de savoir où la mesure commence et où elle finit, car l’observateur peut modifier l’expérience ou le comportement de l’expérimenté ». En physique nucléaire, le principe de Heisenberg stipule qu’on ne peut connaître précisément en même temps la position et la vitesse d’une particule élémentaire. De même Heisenberg indique que l’observation ou la mesure perturbe les propriétés (vitesse et position) d’une particule élémentaire.

 Selon Heisenberg, on n’étudie pas la « nature » intrinsèque des choses, mais seulement une représentation de celles-ci [22].

Le critère du rasoir d’Ockham

Un des principes de la démarche scientifique est connu sous le nom de « rasoir d’Ockham » ou « principe d’économie » [23]. Il  préconise  de ne pas utiliser de nouvelles hypothèses tant que celles déjà énoncées suffisent.

Guillaume d’Ockham (~ 1280 - ~ 1348), philosophe et théologien, fut excommunié pour ses doctrines tentant de démontrer que les fondements de la science devaient être tirés de l’expérience et que l’explication la plus simple devait toujours être préférée pour expliquer le monde et ses mécanismes.

En fait, le rasoir d’Ockham est un critère de vérité scientifique, une réfutation du principe épicurien de l’explicitation multiple. Chaque phénomène ne peut avoir qu’une explication et non plusieurs.

Les explications approximatives doivent être éliminées, l’une après l’autre, pour n’en garder qu’une seule.

Ce principe ou ce critère est souvent utilisé pour trancher entre toutes les théories utilisées pour expliquer le monde. Si, après les avoir toutes épuisées, on ne peut trouver d’explications connues, on part du principe que tout phénomène nouveau et inconnu peut être ramené à une succession d’explications simples et nouvelles.

Notre démarche sera de les découvrir.

Selon J. C. Pecker, d’après le principe du rasoir d’Ockham, « il faut éliminer ce qui n’est pas strictement nécessaire à la compréhension d’un raisonnement. Ce principe donne une vision très simple qui se justifie dans de nombreux cas. Mais ce principe a l’inconvénient de brider l’imagination et on ne peut l’appliquer à des systèmes complexes comme celui du système solaire où beaucoup de paramètres interviennent. C’est un garde-fou pour éviter toutes les dérives et certains délires ».

Les nouvelles théories doivent être vérifiées de façon rigoureuse. Pour un scientifique, ce serait une immense erreur de croire que la puissance du raisonnement peut éviter a priori tout recours à l’expérience. Les scientifiques préfèrent utiliser la raison pour connaître et comprendre la réalité plutôt que de faire appel à d’autres démarches, qu’elles soient mystiques ou métaphysiques. Ils partent du principe que l’univers reste intelligible par la raison humaine. Ils mettent en avant le doute cartésien qui est un des fondements de la démarche scientifique. Ce doute s’est révélé être un puissant moteur de la découverte scientifique.

La science admet que toute vérité doit être vérifiée et peut être remise en cause chaque fois qu’un nouveau fait est apporté. Elle prône le libre examen de toute théorie, à condition que ce libre examen ne soit pas gratuit et puisse apporter de nouveaux éléments.

 

La falsifiabilité, conjectures et vérité

Dans le livre "Logik der Forschung" (La logique de la découverte scientifique), publié en 1934, Karl Popper place le principe de falsification au cœur de la démarche scientifique : démontrer la fausseté d’une conclusion entraîne la fausseté de la théorie de laquelle est déduite cette conclusion en vertu du principe logique qui veut que du faux, on ne peut conclure le vrai.                             

Selon Henri Curien [24], « c’est là une caractéristique majeure de l’activité scientifique, qui la distingue notamment des fausses sciences dont les “théories” sont en général non testables, fantaisistes et en tout cas non testées. Aujourd’hui nos concitoyens ont soif d’émerveillement et cherchent un refuge, des raisons d’espérer dans des pratiques où l’on peut prendre des désirs pour des réalités ».

Le déterminisme de Descartes

Pour Descartes, au contraire, il faut rejeter tout ce qui ne présente pas la garantie d’une certitude absolue. Descartes, croyant, ne cherche que le savoir : il doute et veut se libérer du doute. Il cherche dans la science une connaissance certaine. Pour cela, il s’appuie sur une méthode déductive avec pour critère l’évidence.

Pour Descartes, comme pour les philosophes grecs « chaque effet dépend d’une cause ».

On peut et on doit douter de tout, mais on doit aussi avoir confiance en soi et savoir justifier sa pensée. Les célèbres maximes de Descartes, « Je pense, donc je suis » (« cogito, ergo sum », Discours de la méthode (1637) [25], et « je pense, je suis » ou « cogito, sum » (Méditations métaphysiques, 1641) [26] exprimant la « substantifique moelle » (l’essence)  de sa  pensée métaphysique sont devenues célèbres. Elles veulent montrer une opposition ou une complémentarité entre l’idée « d’esprit » et celle de « matière », vision dualiste, envers laquelle le philosophe actuel est plus prudent. Dans cette formulation « Je pense, donc je suis », je déduis mon existence en tant que chose pensante du fait même que je me saisis en train de penser (« je pense, je suis » ces deux termes s’appelant réciproquement).

 

Le scepticisme

Les racines du scepticisme remontent loin dans la tradition philosophique. Le mot vient du grec skeptikos, qui signifie « qui considère » ou « qui examine ». Le scepticisme est une variante de la zététique). Selon cette étymologie, la personne sceptique ne refuse pas a priori de croire l’affirmation qui lui est faite, elle désire au contraire l’examiner pour identifier ses fondements et sa validité.

En revanche, dans le langage courant, le mot « sceptique » a été détourné de son sens origine. En effet, lorsque nous disons « je suis sceptique », nous exprimons souvent notre réticence à croire l’affirmation qui nous est présentée et notre volonté de considérer sérieusement les arguments de notre interlocuteur.

L’analyse zététique

Zététique : nom et adjectif, du grec zétein, ce mot signifie « chercher ». Selon le Littré, c’est « la méthode dont on se sert pour pénétrer la raison des choses ». Enseignée dans l’Antiquité depuis Pyrrhon et ses disciples, la zététique est souvent considérée comme synonyme de pyrrhonisme. 

« L’analyse zététique » est le nom donné par François Viete [27] [28] à la « méthode analytique » [29]. Pour M. Henri Broch, elle est synonyme de méthodologie scientifique. Ce terme a été popularisé en France par les ouvrages et l’enseignement de la « zététique » d’Henri Broch, à l’Université de Nice. Selon le Larousse du xixe siècle, les définitions de la « zététique » et des « zététiques » (zététiciens) sont dues à Sextus Empiricus [30] (iie - iiie siècle. après JC), auteur des Esquisses pyrrhoniennes. Ces définitions semblent parfois contradictoires pour un sceptique du xxie siècle. « La zététique est une variante assez originale du scepticisme ; c’est un  scepticisme provisoire, c’est presque l’idée de Descartes, considérant le doute comme un moyen et non comme une fin, comme un procédé préliminaire, non comme un résultat définitif. » [31].

D’après les renseignements sommaires que donne Sextus Empiricus, les zététiques, en s’appelant chercheurs, voulaient dire que l’esprit humain est fait pour chercher toujours et ne trouver jamais. Pour les zététiques ou chercheurs de vérité dans tous les domaines, il y aurait suspension du jugement tant que l’on n’aurait pas prouvé ou infirmé un fait. Ils pensent que la recherche de l’Absolu est impossible ou vaine.

 Selon Henri Broch [32] [33] [34]. « l’outil principal de la zététique est la relation de cause à effet, à rechercher pour la validation d’une information ». Une faille dans la causalité d’un phénomène doit alors nous conduire à être sceptique, à nous interroger sur sa réalité, à entreprendre une analyse et une investigation poussées. Au final, elle peut nous amener à trouver le moyen de réfuter tel ou tel phénomène ou le raisonnement d’une personne affirmant l’existence de tel ou tel fait.

Justesse, précision, et reproductibilité d’une mesure lors d’une observation

La justesse, la précision et la reproductibilité d’une mesure permet de renforcer la rigueur et la validité d’une observation scientifique.

On sait par expérience que si l’on ne prend pas suffisamment de précautions dans la qualité et la rigueur de nos observations, si l’on ne prend pas suffisamment de précaution sur la justesse, et la reproductivité des mesures, si l’on n’emploie pas d’instruments suffisamment précis. On peut alors dire n’importe quoi.

Souvent, pour être sûr d’un résultat, il faut le vérifier à plusieurs reprises, pour être sûr de sa reproductivité.

Pour vérifier une information ou une mesure, il faut tenir compte d’un grand nombre de facteurs qui sont: les conditions initiales et  les conditions d’observation, ainsi que de la justesse, précision et reproductibilité d’une mesure. Celle-ci peut dépendre aussi de la qualité des appareils de mesures éventuellement employés.

Il faut que l’appareil soit sensible, juste, fidèle.

La sensibilité correspond à la plus petite variation observable de la grandeur à mesurer.

La précision  correspond à l’adéquation entre les résultats de mesure qu'il indique et valeur vraie théorique que l'on cherche à mesurer, en dehors des conditions opératoires [35].

La justesse d’un appareil de mesure est son aptitude à donner des résultats qui ne sont pas entachés d'erreur systématique (la valeur mesurée alors tombant systématiquement à côté de la valeur vraie). La justesse d’une méthode désigne l’écart entre la valeur mesurée et la valeur réelle. Si un prélèvement contient 0,1 mg/l d’un médicament déterminé, plus la valeur mesurée par la méthode considérée sera proche de ce chiffre, plus la méthode sera juste. Si une balance est juste à 0,01 g, les mesures faites avec cette balance sont justes à plus ou moins 0,01 g.

La fidélité est son aptitude à donner des mesures exemptes d'erreurs accidentelles, dispersées ou aléatoires. La reproductibilité de la mesure est justement liée à cette fidèlité.

Lorsqu’on effectue des mesures répétées avec un appareil, on obtient souvent des valeurs un peu différentes d’une mesure à l’autre. Faut-il alors en rejeter certaines parce que dispersées (dispersion qu’on mettra alors sur le compte d’une mauvaise fidélité de l’appareil), au risque de passer à côté d’un phénomène intéressant voire d’une découverte importante ? Sinon, quelle valeur faut-il prendre pour conclure au résultat le plus précis. En résumé, si une mesure n’est ni juste, ni précise, ni reproductible, on ne peut tirer aucune conclusion et elle  n’a aucun intérêt scientifiquement. Pourtant, c’est souvent de ce type d’informations que  les tenants du paranormal tirent des conclusions.

 

Méfiance envers les sciences

Dès le  VIe siècle avant JC, influencé par les mythes, rapporté par Hésiode [36], de Prométhée (qui aurait apporté, à l’homme, le feu, source des techniques) et de l’âge d’or, au temps des règnes d’Ouranos et de Cronos, certains philosophes pré-socratiques, pensaient, que l’invention du feu avait bouleversé l’ordre naturel de l’univers et préconisaient le retour aux temps où le feu n’existait pas encore. [37]

 

La science a été aussi la mal aimée pour une partie du public. Déjà au début du XIXe siècle, l’Académicien Lieutard dans son éloge à Condorcet écrivait [38] :

 «  Ces préjugés sont soutenus avec chaleur par des praticiens ignorants, parce qu’il ne  coûte moins pour décrier une science que pour l’approfondir, ils sont utiles aux charlatans parce qu’il est plus aisé d’en imposer sur son habileté que sur ses connaissances ».

 

De nos jours, avec la peur du nucléaire et avec certaines affaires liées à la santé ( vache folle, sang contaminé, antennes relais, OGM etc. …), il y a une méfiance allant jusqu’au rejet de la science, par une grande partie de la population. La science est devenue la source de tous les maux _ de la pollution, de la guerre, du feu nucléaire etc …

 

Les gens sont déconcertés par la complexité des nouvelles théories scientifiques, et peu de gens regardent les rares émissions télévisées scientifiques. La plupart des français sont incapables de citer souvent un scientifique de renom à part Marie Curie, Pasteur et Einstein [39]. Sinon en astronomie, si vous demandez le nom d’un astronome, le plus souvent on vous citera l’astronome médiatique Hubert Reeves, mais peu vous parleront des grands astronomes comme Flammarion, Hubble ou Jean-Claude Pecker.

Beaucoup de personnes manquent encore de confiance en la science. Sinon, pour celles-ci, il existe des phénomènes paranormaux que la science ne pourra jamais expliquer. C’est ce que suggèrent d’ailleurs les sondages établis par J. Sutter [40] (voir ci-après).  L’enquête CSA de 1994 [41] a montré que dans tous les camps (croyants, athées…), une majorité considère « qu’il y a des réalités que la science ne parviendra jamais à expliquer » (voir tableau 1 ci-après résumant un sondage croisant la croyance dans les limites explicatives de la science et la croyance en sa contribution pour les progrès de l’humanité [42]).


 

 

La science et la technique contribuent au progrès de l’humanité

Tout à fait d’accord

Plutôt d’accord

Plutôt pas d’accord

Pas du tout d’accord

Sans réponse

Il y a des réalités que la science ne parviendra jamais à expliquer

Tout à fait d’accord

51

34

6

6

3

Plutôt d’accord

35

52

9

2

3

Plutôt pas d’accord

41

44

13

3

Pas du tout d’accord

68

15

5

12

Sans réponse

46

39

7

5

3

 

Ce tableau semble indiquer que, pour des Français, la foi ou les croyances peuvent toujours combler l’état actuel des limites explicatives de la science [43].

Cette conviction majoritaire des Français n’est heureusement pas partagée par les scientifiques.

 

Ajoutons que certaines idées scientifiquement fausses peuvent se répandre rapidement dans l’esprit du grand public _ telles l’homéopathie … _, tandis que les bonnes idées peuvent dormir longtemps avant de se voir publier. Par exemple les lois de l’hérédité de Gregor Mendel (1822-1884) sont restées longtemps inconnues. Les travaux de Mendel demeurèrent en latence jusqu'à ce que ce que au début du XXe siècle, Hugo de Vries, Carl Correns et Erich von Tschermak les rédouvrent chacun de leur côté.

 

Dérives de l’esprit scientifique

Dans cette partie, nous allons aborder les égarements de l’esprit scientifique, en particulier, les doctrines de ce que l’on appelle les para-sciences philosophiques dont le positivisme et le scientisme apparues au XIX° siècle.

 

 

Le positivisme d’Auguste Comte 

L'idée d'une politique positive, thématisée par  Auguste Comte (1798-1857), était déjà présente chez Saint-Simon (1760-1825).

Dans son livre « le positivisme », publié en 1817, A. Comte expose sa doctrine, mélangeant Théologie, Métaphysique et Science.

Comme l’a fait remarquer Angèle Kremer Marietti : « la conception de la science positive prennait parti en faveur d'un ordre social agencé et dénonçait les philosophes des Lumières comme des penseurs négatifs » [44] car ces philosophes introduisaient le doute dans leur pensée. En fait, en définissant les lois de sa société « positive » Auguste Comte a inventé une nouvelle religion, la religion de l’humanité. Sa devise était « Ordre et progrès ».

Sinon, le positivisme d’Auguste Comte est basé sur une confiance illimitée dans la science et l’expérimentation [45].

 

Le « postivisme » d’Allan Kardec

Avec Allan Kardec le positivisme s’orienta vers l’irrationnel. De son vivant, Allan Kardec, illusionniste et médium fut très médiatisé pour ses études sur le spiritisme.

Pour Kardec, l’expérience doit justifier une théorie (ce qui n’est pas faux), mais dans le cas du spiritisme, l’expérience était le plus souvent falsifiée par les tours d’illusionnisme commis par les médiums (voir chapitre « Magie et illusionnisme »). Des hommes de science comme Camille Flammarion, Crook, … se sont laissé berner par des médiums doués (comme Douglas Home etc …).

 

 Le scientisme

Les concepts du « scientisme » sont dus au biologiste Félix le Dantec (1869-1917) qui croyait dans la valeur absolue de la science sans limite et sans réserve.

Le scientisme correspond à une foi radicale en une science qui se croit ou se veut parfaite et définitive, vision conduisant à une croyance religieuse dogmatique dans la science.

« Le scientisme désigne le plus souvent la prétention qu’aurait la science d’être capable de se considérer comme presque achevée, d’être capable d’expliquer tout ou presque tout et de fournir des explications définitives [ à tout]  ».

Le scientisme est une vision du monde sans aucune référence à Dieu, dont l’existence se trouve écartée au nom des principes de la science [46].

Le scientisme désigne aussi le fait de confier aux savants des affaires publiques,en s’imaginant que des sciences pourraient donner les clés d’une politique. Le scientisme a connu beaucoup de dérives. Nous pouvons citer le scientisme politique et nationaliste reposant sur des théories hasardeuses  comme celles de Marcellin Berthelot en France [47] et Trofim D. Lyssenko en URSS.

 

L’Ecole de para-psychologie du colloque de Cordoue

Des scientifiques, comme  Olivier Costa de Beauregard, Rémy Chauvin, Fritjôf Capra … etc., ont cherché, par leurs propos, à cautionner la parapsychologie dans différents colloques dès 1975.

Tout d’abord eu lieu le colloque de parapsychologie organisé par l’Université  de Reims, en décembre 1975. Lors de ce colloque, dominé par la présence de Rémy Chauvin et John Barret Hasted, les scientifiques présents tentèrent de  justifier les expériences en parapsychologie,  en particulier, les pseudo-expériences d’Uri Geller sur la torsion des cuillères [48].

Après le colloque de Reims, eu lieu le colloque de Cordou, en juillet 1979, dont le thème fut

Science et connaissances. Des personnalités de renom assistèrent à ce colloque, très médiatisé, dont  notamment :

 

 

David Bohm et Brian D Josephson étaient venus pour parler de leurs diverses recherches avec des « spirituels » comme Jiddu Krishnamurti [49] (philosophe spiritualiste indien), et Maharishi Mahesh Yogi, le leader de la méditation transcendantale. Etaient également présents Fritjôf Capra pour son tao de la physique, mais aussi le théoricien de l’holographie Karl Pribram, et des scientifiques comme Hubert Reeves.

A l’occasion de ce colloque fut remise en cause la science, non seulement en mécanique quantique, mais aussi dans tous les domaines où des mystiques cherchaient à y faire même entrer  des doctrines  considérées comme « impossibles » (voyages dans le temps etc …).Ces physiciens faisaient des spéculations et extrapolations hasardeuses à partir des « théories quantiques », comme Olivier Costa de Beauregard,  qui affirmait que la matière créée par Dieu possède une spiritualité.

 

 

 

Limites du raisonnement humain

Avant de conclure cette partie, nous aborderons deux sujets plus abstraits :

- le théorème de Gödel,

- la notion de chaos.

 

Le théorème de Gödel

 

Le théorème de Gödel explique pourquoi la science ne peut pas  faire de prédictions sur l’évolution d’un phénomène (tel que la météorologie),  dès que le nombre de paramètres intervenant dans ce phénomène devient trop élevé.

Les phénomènes semblent purement aléatoires et chaotiques alors qu’ils restent déterminés. Mais cet aspect chaotique n’est qu’apparent (voir définitions de « chaos vrai » et de « faux chaos » ou « chaos déterministe » ci-après). Cette difficulté de prédiction de la science donne à certains l’impression que la science est impuissante devant certains phénomènes, qu’eux-mêmes expliquent alors d’une façon surnaturelle.

Le théorème de Gödel a toujours divisé les mathématiciens et les philosophes sur la difficulté de prendre en considération un grand nombre d’axiomes pour justifier des certitudes. C’est-à-dire que, même avec un grand nombre d’évidences, on nobtient jamais une certitude absolue.[50]

J.-P. Changeux et A. Connes [51], à propos du théorème de Gödel, disent « qu’avec un nombre fini d’axiomes on ne peut avoir une réponse à tout. Mais si une question n’est pas décidable, à condition de l’avoir démontrée, on ne peut lui attribuer une réponse et continuer à raisonner » [52].

Jean Bricmont donne une définition plus générale dans une réponse à Régis Debray [53]

 « Il existe des propositions arithmétiques vraies qui ne sont pas déductibles, à partir d’un système d’axiomes donné, quel que soit ce système. Est-ce tellement surprenant ? À première vue peut-être, mais, à la réflexion, je n’en suis pas si sûr. Après tout, l’arithmétique comprend une infinité de propositions portant chacune sur une infinité de nombres ; pourquoi ces infinités devraient-elles se laisser engendrer mécaniquement à partir d’un nombre infini d’axiomes ? Je ne vois aucune raison de le penser, a priori, c’est-à-dire même sans connaître le théorème de Gödel ».

la démonstration de Gödel est très compliquée, son résultat a géné beaucoup beaucoup de mathématiciens et surtout de philosophes. C’est qu’il existe un grand nombre de propositions, déductibles des axiomes, mais que l’on n’arrive pas à démontrer parce que leur démonstration est trop compliquée ».

Théorie du chaos

Il faut distinguer :

Le vrai chaos : se dit d’un ensemble de phénomènes dont il est impossible de définir la propriété macroscopique ou microscopique. On peut juste donner une vue d’ensemble de celui-ci. Nous pourrions citer l’exemple d’une molécule d’eau dans une cascade. On peut définir l’ensemble du mouvement des molécules d’eau dans la cascade, mais il est impossible de définir le mouvement d’une molécule individuelle (le mouvement de cette dernière étant géré par les règles de la mécanique quantique). Le vrai chaos est strictement indéterministe, aléatoire et ne pourra jamais être prédictible [54].

Dans la réalité, le vrai chaos n’existe pas, à part, semble-t-il, dans le domaine de la mécanique quantique.

Le faux chaos ou chaos déterministe :

c’est un chaos apparent mais fondé sur des règles déterministes.

On ne peut rien prévoir en raison d’un enchaînement causal ayant un grand nombre de solutions [55]. C’est un phénomène dont la (trop) grande quantité de variables empêche la « prédictibilité » (voir « Le théorème de Gödel » ci-dessus). C’est le cas des prévisions météorologiques où l’imprécision augmente rapidement avec le nombre de jours.

 

Henri Poincaré (1854 - 1912), le père de la théorie du chaos, expliquait en 1908 que : " II peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux. Une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les dernières. La prédiction devient impossible et nous avons le phénomène fortuit... Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard [56] ".

 

Par exemple, si l'état du système solaire est connu à cet instant, on peut le déterminer à tout instant postérieur. Pour le mouvement des planètes, les prévisions sont crédibles à long terme pour plusieurs milliers d'années alors que, pour les prévisions climatiques, il n’en est pas de même : elles ne sont guère crédibles au-delà de quatre ou cinq jours. Bien sûr, on peut espérer améliorer les prévisions météorologiques, mais on ne pourra jamais aller au-delà d'une certaine limite.

Certes,  c’est une vision naïve des sciences dites exactes que de croire qu’elles sont capables de tout prévoir. Mais dans beaucoup de cas, l’accord entre les mathématiques et les phénomènes naturels est vérifié à partir d’équations déterministes. En économie et en sociologie, les études de ces vingt  dernières années n’avaient pas prévu la chute de l’empire soviétique. De ce fait, les simulations sur ordinateur de ces phénomènes se sont avérées fausses [57], et on a pu constater  qu’il était plus aisé de prévoir la circulation des astéroïdes entre Mars et Jupiter, que de prévoir le devenir de l’économie de la Pologne ou de la Russie, sur vingt ans.

 

A partir d’équations déterministes, le météorologue du MIT, Edward N. Lorenz, a découvert en 1963 que l'on peut obtenir un comportement chaotique avec seulement trois variables et a mis en évidence  un comportement imprévisible qu’ il baptisa  «  chaos déterministe ». 

 

L’effet  papillon

Cette métaphore, devenue emblématique du phénomène de sensibilité aux conditions initiales, est souvent interprétée, à tort, de façon causale : ce serait le battement d'aile du papillon qui déclencherait la tempête.

L’origine de cette métaphore provient d’une conférence que Lorenz fit en 1972  à l'American Association for the Advancement of Science intitulée [58] : « Predictability: Does the Flap of a Butterfly's Wings in Brazil Set off a Tornado in Texas? », qui se traduit en français par : « Prédictibilité : le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tempête au Texas ? ».

. Lorenz écrit en effet [59] : « Si un seul battement d'ailes d'un papillon peut avoir pour effet le déclenchement d'une tornade, alors, il en va ainsi également de tous les battements précédents et subséquents de ses ailes, comme de ceux de millions d'autres papillons, pour ne pas mentionner les activités d'innombrables créatures plus puissantes, en particulier de notre propre espèce.[ … ] Si le battement d'ailes d'un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l'empêcher.».

 

L'imprécision des mesures rend les prévisions à long terme impossibles. L'atmosphère est un système qui est très sensible aux conditions initiales. Il est, naturellement, impossible de connaître tous les facteurs (perturbations non prévues et précisions des mesures). Ces petites imperfections donnent à l'atmosphère son caractère chaotique et imprévisible. En fait, la viscosité de l’air amortit les perturbations.

Un battement d’aile d’un papillon au Brésil ne peut avoir d’effet au Japon, à cause de l’effet de cette viscosité.

Donc, cette vision est partiellement fausse ou simpliste.

L’effet papillon peut même devenir le support de la croyance qu’un simple citoyen, ou même un politicien sans succès, peuvent changer une société très sensible aux conditions initiales, juste par l’action des petites mains (ou  « battement d’ailes ») d’anonymes ou de militants, par une pétition, une manifestation, une prise de parole.

 


Chapitre II

Méthodes pour développer l’esprit critique

 

Dans le sens de notre propos, l’esprit critique est une application de la méthodologie scientifique Nous pouvons avoir l’esprit faussé par un savoir limité, être inconscients de la véracité ou de la fausseté de nos affirmations sans qu’une seule fois le doute s’insinue dans notre esprit. Dans l’absolu, pour juger autrui ou véhiculer une information, il faudrait avoir une connaissance objective et universelle afin de tendre vers la « perfection du jugement ». Idéal souhaité mais constamment irréalisable dans la pratique.

Pour comprendre si une information est crédible, il est souvent nécessaire de savoir douter et de connaître les principes de la démarche scientifique.

Nous naissons avec les préjugés provenant de notre milieu culturel.

 

De nos jours, nous disposons d’un très grand nombre d’informations accessibles dans les bibliothèques et par Internet.

La difficulté est de rejeter les données tendancieuses, fausses ou rédigées par des gens incompétents et qui n’ont pas les connaissances adéquates.

Les informations sont données généralement par des agences de presse (Reuter, Havas…) ou par les médias, obnubilés par la primeur du scoop, ce qui peut engendrer des inexactitudes. Il faut alors se méfier des informations tronquées ou sorties du contexte car elles conduisent à produire des informations erronées.

Entre l’origine et la réception par quelqu’un d’une information, un grand nombre de facteurs peuvent intervenir pour la déformer ou pour la falsifier.

Dans l’absolu, pour juger autrui ou véhiculer une information, il faudrait avoir une connaissance objective et universelle afin de tendre vers la « perfection du jugement ». Idéal souhaité mais constamment irréalisable dans la pratique.

De nos jours, nous disposons d’un très grand nombre d’informations accessibles dans les bibliothèques et par Internet.

La difficulté est de rejeter les données tendancieuses, fausses ou rédigées par des gens incompétents et qui n’ont pas les connaissances adéquates.

Les informations sont données généralement par des agences de presse (Reuter, Havas…) ou par les médias, obnubilés par la primeur du scoop, ce qui peut engendrer des inexactitudes. Il faut alors se méfier des informations tronquées ou sorties du contexte car elles conduisent à produire des informations erronées.

 

L’information originelle peut-être fausse :

a) soit parce qu’elle a été inventée ou déformée, volontairement (cas de la manipulation, que nous étudierons au chapitre III « manipulation, manipulée » …).

b) soit parce qu’elle a été mal récoltée, mal interprétée, mal décortiquée, mal analysée, et mal perçue, à cause des  abus des sens, des illusions, des erreurs de raisonnements logiques, du récepteur ou observateur, souvent de bonne foi.

 

L’observateur ou récepteur peut ou non la vérifier. S’il la vérifie, il le fera en fonction de ses connaissances et de ses critères d’analyse.

 L’information reçue peut être transmise exactement ou déformée (comme dans le cas des rumeurs _ chapitre III …).

 

Ces facteurs déformants  sont par exemple :

 

1)      Les illusions sensorielles (optiques, sonores,etc..) (voir chapitre « perception des sens »).

2)      Les hallucinations collectives (voir chapitre « perception des sens »),

3)      Les raisonnements  erronés, (que nous traiterons ci-après).

 

Le manque de vérification de l’information est un problème important, que nous traiterons plus loin.

 

Nous allons analyser ici un certain nombre d’erreurs de raisonnement liées à nos connaissances ou à notre méconnaissance de certaines limites de nos raisonnements, telles que les limites du raisonnement inductif, etc.

 

Critères de validité d’une  information

On accorde d’autant plus de confiance à une information qu’elle provient de plusieurs sources distinctes, et que ces dernières ne s’influencent pas. Au contraire, on a moins confiance en une information qui ne provient que d’une même source.

Un journaliste objectif devrait recouper son information auprès de plusieurs sources différentes, au minimum trois (si possible ne se connaissant pas et ne s’influençant pas).

 

En considérant le schéma ci-dessous, en  supposant que la vérité se situe au centre du cercle :

a) dans le cas A, les informations, provenant de sources ne se connaissant pas et ne s’influençant pas, se recoupent (elles disent la même choses), alors on a tendance à considérer que l’information obtenue, recoupée, est « juste » (on lui accorde un taux de confiance élevé). 

b) dans le cas B, on a une information provenant d’une seule source et ou de sources non indépendantes, s’influençant. On a tendance à ne pas accorder un grand taux de confiance à cette information. Car si l’information originelle est  erronée (mal relatée ….), ceux qui retransmettent cette information, ou qui transmettent cette information en étant influencée par la 1ère source, transmettront une information entâchée de la même erreur « systématique ».  Ici la méthode de collecte de l’information (d’enquête) n’est pas bonne : elle manque de « justesse ».

c) Dans le cas C, les informations provenant de sources différentes ne se recoupent pas. Elles ne disent pas la même choses. Soit l’information est fausse, soit elle est imprécise. On a alors tendance à considérer cette information comme non juste ou imprécise, peu fiable. On lui accorde un faible taux de confiance.

Cas A : information recoupée et provenant de sources différentes (sans relation entre elles), donc qu’on considére comme plutôt « juste ».

Cas B : information erronée, recoupée et  provenant d’une même source (ou de sources s’influençant). Elle est « non juste » surtout parce que la méthode n’est pas « juste ».

Cas C : information provenant de sources différentes (sans relation entre elles) et ne se recoupant pas, donc « non juste ».

Dans la réalité d’autres facteurs suggestifs influencent le taux de confiance que l’on accorde à une information : fiabilité, justesse et précision de la source, notoriété supposée, le niveau d’esprit critique de la source, sa formation scientifique, celle-ci ayant déjà fait un travail de vérification de l’information, son niveau culturel etc …

 

Une information doit sa force à l’importance et à la confiance toute contemporaine que chaque individu place dans les médias.

 

Le problème du niveau culturel et de la formation à l’esprit critique

Les gens n’ont pas toujours le temps ou le niveau culturel, pour vérifier l’information.

A Bandah Aceh sur l’île de Sumatra, lors du tsunami de 2004, les membres  du Parti de la justice et de la prospérité (parti islamiste) ont expliqué aux victimes, que cette catastrophe était liée à la colère de Dieu en raison de la dégradation et de la corruption des mœurs passées des victimes. Ce genre de propos permet à ces organisations de  profiter des catastrophes pour renforcer leur emprise idéologique sur les populations, en état de détresse et fragilisées, d’autant plus facilement qu’elles n’ont pas les connaissances scientifiques pour comprendre les vraies causes du tsunami (liées à la tectonique des plaques).

 

Erreurs dans les généralisations et le raisonnement inductif

Il faut se méfier aussi du raisonnement par « induction » (c’est-à-dire par généralisation à partir d’un cas particulier), raisonnement pouvant conduire à des généralisations outrancières.

Par exemple, « tous les corbeaux ou corneilles, que nous voyons en Europe sont noirs ». On pourrait donc déduire que tous les corbeaux ou corneilles du monde entier sont noirs. Or il existe des corbeaux noirs et blancs en Afrique et noir et gris en Norvège. Par ailleurs, le pinson est en général gai et chanteur, mais pas toujours.

 

Limite d’une généralisation à partir de données gaussiennes

Dans une population donnée (cela peut être les salariés d’une entreprise, des haricots dans un sac…), si on classe les individus selon une caractéristique (leur taille, leur poids, leur QI, leur niveau de compétence…), on s’aperçoit que, plus on s’approche de la moyenne sur le critère considéré, plus il y a d’individus. Plus on s’en éloigne, moins il y en a. Aux deux extrémités, il n’y a presque personne. La représentation graphique de cette réalité s’appelle une courbe de Gauss et prend la forme d’une cloche. Lorsqu’un phénomène est représenté par deux « courbes gaussiennes »[60] distinctes, deux analyses statistiques sont alors à distinguer et à réaliser. Une donnée importante est le degré de dispersion d’un ensemble de données. On le calcule sous la forme de l’écart au carré moyen de chaque nombre par rapport à la moyenne d’un ensemble de données. Pour les nombres 1, 2 et 3, par exemple, la moyenne est 2 et la variance, 0,667. [(1 – 2)2 + (2 – 2)2 + (3 – 2)2] ÷ 3 = 0,667).

Exemples de courbe gaussienne.

Une analyse globale ou statistique se veut souvent concluante. Mais il faut toujours accorder toute son importance à l’exactitude d’un résultat et se montrer prudent dans son interprétation. Il faut aussi préciser le taux de confiance, plus ou moins bon, qu’on accorde à cette mesure ou à cette statistique.

On indique souvent les fourchettes du résultat d’un sondage. Mais on ne précise pratiquement jamais que celles-ci sont connues avec un taux de confiance [61] souvent inférieur à un certain taux (par exemple à 68 %) encore appelé écart-type [62].

Toute détermination par une méthode statistique portant sur un échantillon n’est qu’une estimation. Cela sous-entend que le résultat ne peut être donné qu’avec une « fourchette », un intervalle, et que la valeur cherchée appartient à cet intervalle avec un certaine probabilité.

\sigma ^2   =   \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n(x_i-\overline{x})^2  =  \frac{1}{n}\left(\sum_{i=1}^nx_i^2\right)-\overline{x}^2

n est le nombre de mesures, sigma l’écart type, xi  valeur de la fréquence i , et x barré, la valeur moyenne.

Pour un écart type, on a une probabilité de 68% et pour deux écarts types de 95%. Soient les valeurs suivantes 10, 15, 10, 13, 12, la valeur moyenne est 12 et l’écart type est égal à 1,6. Si on est dans la fourchette 10,4 - 13,6, on a une probabilité de 68%, et si l’on est dans la fourchette 15,2  - 8,8, on a une probabilité de 95%.En France, depuis quelques années, en termes de prévisions météorologiques, on indique une échelle des taux de confiance sur 5. Par exemple, si une prévision est donnée à 4 sur 5, le taux de confiance est de 80 %.  

Cela signifie tout simplement que tout sondage est réalisé avec plus ou moins d’erreurs et donc un certain taux de confiance. Si un sondage est réalisé avec un taux de confiance de 50 à 60%, cela signifie qu’il est de mauvaise qualité et qu’il est très loin de satisfaire à toutes les conditions d’objectivité scientifique.

L’évidence des faits doit être vérifiée par plusieurs expériences répétitives et conformes entre elles. Les expériences négatives, c’est-à-dire s’écartant de l’ensemble des autres valeurs, doivent être notées et justifiées. Dans la presse spécialisée, on ne signale que les expériences scientifiques ou socio-économiques réussies, mais on devrait aussi signaler les échecs pour éviter que d’autres personnes  fassent les mêmes erreurs.

Il est à noter qu’une expérience en apparence négative peut infirmer des hypothèses hasardeuses mais confirmer d’autres faits ou hypothèses.

 

Raisonnement par syllogismes abusifs ou biaisés

 

Il faut faire également attention à certains raisonnements par syllogisme (pouvant conduire à des conclusions abusives), tels « Les ennemis de mes ennemis sont amis » ou « les amis de mes amis sont mes amis » (ce qui peut être faux).

Croire que deux thèses opposées peuvent coexister

Sinon, dans le domaine scientifique, deux thèses contradictoires ne peuvent jamais coexister dans la pratique (par exemple le créationnisme, fondé sur la Genèse, et l’évolutionnisme) et aucune casuistique subtile ou diplomatie adroite et astucieuse ne peut les faire admettre comme possibles simultanément.

 

L’attente affective d’un fait

On peut aussi « déformer », inconsciemment ou non, le déroulement d’une expérience afin que ses résultats soient plausibles. Cela a été le cas de l’annonce prématurée de la fusion froide.

Sous la pression des dangers quotidiens, les personnes simples ont tendance à voir ou croire ce qu’elles souhaitent ou redoutent, à entendre des voix et à avoir des visions, justifiant leurs espoirs ou craintes telles les apparitions de la vierge à Fatima en 1917…  [63], l’attente des extraterrestres. Ce type de raisonnement procède des raisonnements irrationnels.

Le problème des conditions initiales

Un fait peut être possible dans un contexte donné mais pas dans un autre. Ce contexte peut être essentiel.

Une théorie ou un fait peuvent être vrais à un endroit donné et faux à un autre : par exemple, le sens naturel de l’écoulement tourbillonnaire de l’eau vers la bonde d’un lavabo est inversé dans l’hémisphère Sud.

Tout dépend aussi des conditions initiales et la science progresse justement en précisant, chaque fois plus, ces conditions.

La faiblesse d’un échantillonnage

Il faut vérifier que les origines des sources d’informations sont différentes et complémentaires et qu’on ne reprend pas toujours les mêmes données avec des présentations différentes. Il faut une quantité suffisante de valeurs pour effectuer un calcul statistique. Par exemple, si, dans un groupe, il y a 10 personnes dont 2 femmes et qu’une femme se marie avec un homme du groupe, il serait absurde et abusif de conclure que 50 % des femmes se sont unies avec 10 % des hommes du groupe (voir notion « d’écart-type » ci-dessus).

Regroupements dans la même statistique de données diverses

Le bon choix de l’échantillonnage des informations et des données est très important. Il permet d’avoir une bonne synthèse de celles-ci.

De même, si on choisit un pays où 50 % de la population masculine mesure 1,60 m de hauteur moyenne et l’autre moitié 1,80 m, il serait abusif de dire que la population masculine mesure en moyenne 1,70 m. Si l’on ne tient pas compte du fait qu’on a ici deux ethnies différentes, cela paraît juste en première observation. De plus, la stature des gens dans le monde, en particulier en France, augmente en permanence. Et cette statistique n’est donc valable qu’à un instant et en un lieu donné, dans certaines conditions, à préciser.

Si l’on dit que l’espérance de vie moyenne au Pérou est, en l’an 2000, de 65 ans, il faut alors préciser qu’elle est différente entre les habitants de la côte pacifique et ceux de l’Altiplano.

En effet c’est donner la même probabilité à plusieurs phénomènes, ou par exemple dire que le PNB [64] en Inde est, de 3.666 milliards de $, sans préciser que, suivant les états de l’Inde, les PNB sont très différents et que, dans un même état, les revenus sont disparates.

On peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques, selon la façon d’observer une donnée statistique.

 

Les effets des influences culturelles, du nombre et de la pression du groupe

La quantité des informations n’est pas le garant de leurs qualités. Sinon, le fait qu’un grand nombre de gens croient à une information, n’est pas la preuve de la validité de celle-ci, comme dans le cas des croyances.

Ce n’est pas parce qu’un grand nombre de personnes admet une hypothèse ou une croyance que cette hypothèse ou cette croyance existe et/ou est vraie.

Des millions de Grecs, d’Égyptiens, de Babyloniens ont cru, il y a 2 500 à 2 000 ans, à des religions, à des conceptions du monde belles, cohérentes et « achevées », alors que l’on sait maintenant que ces visions du cosmos étaient fausses.

Ce n’est pas parce que toute « l’opinion publique » « hurle avec les loups » que la majorité a raison.

De même, de nos jours, en Inde, plusieurs centaines de millions d’hindouistes se croient réincarnés, alors que rien ne justifie scientifiquement l’existence de la métempsycose

Ce n’est pas parce qu’on reçoit un grand nombre de rapports sur un supposé complot du gouvernement américain sur les OVNI que ce complot est réel.

Effet de non-spécificité réciproque

La non-affirmation de l’existence [ou de la non existence] d’un phénomène ne confirme pas nécessairement son existence. 

Par exemple, ce n’est pas parce qu’on manque de preuves pour justifier [ou infirmer] l’existence d’une vie extraterrestre qu’il faut admettre, comme certains « ufologues », qu’une vie extraterrestre existe nécessairement.

 

Raisonnement analogique ou raisonnement par similitude

L’analogie n’est pas une preuve. Ce raisonnement intuitif peut être trompeur. Dans une tribu sud-africaine, à la pleine Lune, on suspendait à un arbre une outre remplie de lait parce que la tribu avait découvert qu’une vertu de guérison par le lait semblait liée à l’exposition de ce lait aux rayons de la lune. En fait, la véritable explication du phénomène tenait dans l’humidification par le lait de l’enveloppement extérieur de l’outre, ce qui contribuait au développement d’une certaine moisissure aux vertus bactéricides. Ce n’est donc pas la pleine lune qui développait les vertus médicinales de la préparation.

Il existe aussi un autre type d’erreur de raisonnement, semblable à celui-ci, par analogie, comme dans le cas de l’homéopathie. En effet, dans celle-ci, si un produit ingéré à haute dose provoque des coliques, on suppose qu’à faible dose, en raison du postulat d’un hypothétique « principe de similitude », ce produit soignera les coliques. Ce raisonnement est proche du raisonnement magique. C’est en fait un « principe de similitude » non vérifié scientifiquement. Le principe des semblables règne partout dans les mythologies et les métaphysiques. On croit en général en la citation « Qui se ressemble, s’assemble ».

C’est ce type de raisonnement par analogie qui intervient dans la pensée magique.

 

L’illusion de détenir la vérité

Il existe une illusion de l’esprit très puissante existant chez beaucoup de personnes, c’est celle de croire détenir la vérité

La puissance de cette illusion est telle, surtout lorsqu’elle est associée à l’idée qu’on est génial, est de se croire persécuté chaque fois que l’on est critiqué.

Certains « découvreurs », comme Messieurs Benveniste ou Priore [65], se sont  vus comme de nouveaux Galilée [66], victimes de critiques injustifiées, car tout comme Galilée ils croyaient avoir fait une grande découverte qu’un pouvoir religieux, politique ou scientifique ne voulait pas admettre. C’est ce que l’on nomme « le syndrome de la victime injustement persécutée ». Ces personnes se sentent d’autant plus persécutées qu’elles étaient persuadées de devenir célèbres et que, en général, la réfutation de leur doctrine a été brutale.  Il est évident que toute nouvelle théorie doit être validée et que cela n’est possible que si les différentes hypothèses sont cohérentes et vérifiées. Il ne peut y avoir d’exception ou de passe-droit à cette règle déontologique et scientifique.

Glissement de sens ou effet métonymique[67]

Procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d’un terme désignant un autre concept, uni au précédent, par une relation nécessaire. Cet effet consiste à désigner une chose ou un objet par un mot qui se rapporte à la chose. Les sectes, dans leurs techniques de manipulation, détournent souvent le sens des mots afin de faire perdre leurs repères à leur « victime ».

Pour exemple, le panneau sur lequel est écrit « Essuyez vos pieds » devant un paillasson. Dans ce cas, « pieds » désigne les semelles des chaussures et non les pieds. La marche sur le feu : « feu », ici, désigne les braises.

En 1997, un empoisonnement a eu lieu avec du cyanure de potassium (poison violent) introduit dans de la Josacine (médicament utilisé pour la prévention et le traitement de germes bactériens). Lors du procès, les médias ont parlé du « procès de la Josacine » au lieu du procès d’un empoisonnement au cyanure de potassium [68].

Autre exemple,boire un verre, c’est boire le contenu du verre.

 

Abus de sens ou abus sémantiques

Connotation des mots utilisés, consciemment ou non, pour introduire une idée quelque peu différente de celle qu’ils prétendent représenter.

Ovni : appellation impropre d’« objet volant non identifié » : on devrait dire PNI, « phénomène non identifié ». En effet, certaines observations ne font pas intervenir d’objet, comme le cas des nuages lenticulaires surplombant les reliefs.

Combustion humaine spontanée : on devrait dire « combustion lente des tissus adipeux chez l’homme après décès ». Ce phénomène très rare a été observé sur des cadavres lors de débuts d’incendie dans des appartements. Après asphyxie de la personne et avec une chaleur localisée, la graisse des tissus se consume lentement [69].

Effet de paresse intellectuelle ou d’indifférence

Cet effet, c’est d’accepter ou de  faire accepter une constatation par un raisonnement trop simplifié ou faussé. Ce raisonnement est souvent du à une méconnaissance d’une donnée ou d’une information tronquée.

Par exemple lors du deuxième tour de l’élection présidentielle en France de 2007, des sondages donnaient  Sarkosy 52% Royal 48% , mais sans préciser le nombre d’indécis et de sans opinion de 30%.

En toute objectivité,il fallait dire ;Sarkosy 37%,Royal 33% , indécis 30%

Autre exemple ;croire dans la vie, que toutes les opinions se valent (par exemple que l’homéopathie marche aussi que l’allopathie), est le produit de la paresse intellectuelle et du manque d’effort pour approfondir ses connaissances scientifiques (c’est aussi le cas pour le créationnisme vis à vis du darwinisme).

 

Confusion entre lien de corrélation et lien de causalité

La corrélation est la relation réciproque entre deux relations ou phénomènes, tandis que la causalité est le rapport de la cause avec l’effet qu’elle produit.

Voici un exemple d’un raisonnement erroné confrontant causalité et corrélation. C’est, par exemple, dire que la diminution du nombre de cigognes en Alsace est en rapport avec l’augmentation du nombre des Alsaciens. En fait, ce phénomène est lié à l’assèchement des marais. Pour cet assèchement, il peut y avoir plusieurs causes et pas nécessairement celle de l’augmentation démographique de la population alsacienne. Elle peut être liée à la mise en culture des terres d’anciens marais, par exemple.

Inversion de la cause et des effets

C’est un raisonnement à rebours. Par exemple, quand on affirme que « l’homme, ce bipède, a été créé pour le pantalon », on inverse le lien de cause à effet.

Ce raisonnement est, bien sûr, absurde. De même, si vous admettez tel un postulat que le monde a été créé il y a 6 000 ans, selon la Genèse, vous ne pouvez que réfuter la doctrine de l’évolution de Darwin.

Autre exemple, la densité d’un liquide dépend de sa température. A l’inverse,  dire qu’une température dépend de la densité d’un liquide est par contre illogique. C’est la lecture d’un thermomètre à mercure dont la densité du mercure donc de son volume occupé qui est fonction de la température, et permet ainsi de déterminer ainsi  une température.

C’est le type de raisonnement où l’on cherche à justifier une hypothèse, la téléologie est l’exemple même du raisonnement à rebours. La téléologie est une doctrine philosophique affirmant ou prônant l’idée d’une finalité dans toute chose (en général dans toute chose naturelle), idée de finalité reprise par Hegel (1770-1831). Dans les exposés métaphysiques de Hegel, on trouve la citation suivante, « les choses sont déterminées par leur aboutissement et non par leur origine ». Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, développe le principe de causalité pour en faire ressortir une finalité sous-jacente à la nature des choses [70].

Pour certains partisans de cette doctrine, c’est la fièvre qui provoquerait la présence du virus. Raisonnement illogique alors que l’on sait que c’est le virus de la grippe qui provoque la fièvre, du fait d’une réaction de défense de l’organisme.

Ces spéculations sont systématiquement métaphysiques, parce qu’elles sont étrangères à toute réalité observable et contraires à toute notre expérience scientifique, qui repose sur le déterminisme [71].

Ce type de raisonnement est souvent utilisé pour des intentions malhonnêtes.

 

Dans le cas des douleurs, on confond souvent cause et effet. Des douleurs chroniques, tenaces, épuisantes peuvent causer à la longue une dépression chez le patient (du fait que lui ou le corps médical ou aucun autre traitement n’arrivent pas à les résoudre). Or des médecins peuvent affirmer, alors que c’est la dépression qui la cause les douleurs et non l’inverse.

La dépression peut effectivement être la cause de douleurs physiques. Et d’ailleurs on voit souvent, par exemple, les gens déprimés consulter des praticiens pour des maux de tête et des douleurs abdominales. La paresse intellectuelle conduirait alors à déduire rapidement que toute douleur d’origine inconnue, est causée par la dépression du patient.

 

Le raisonnement circulaire

Ici, on prend la conclusion comme hypothèse pour démonter la conclusion

L’esprit rentre dans un « cercle vicieux » intellectuel consistant, faute de preuves ou en utilisant des preuves douteuses, à admettre comme présupposé à notre démonstration ce qu’on entend justement prouver.

Par exemple, les créationnistes, en admettant a priori la Genèse, feront alors tout pour prouver que la Genèse est vraie (et surtout pas la théorie de l’évolution de Darwin, dont on veut prouver à tout prix la fausseté).

Celui qui croit aux fantômes dans une demeure va tout faire pour prouver leur existence à cet endroit.

C’est l’exemple type du raisonnement de toute personne convaincue ou endoctrinée. Il intervient souvent dans les phénomènes religieux.

 

Effet creux et prétentieux d’un discours

C’est la profondeur artificielle et ambiguë d’un message. Plus un discours est prétendument profond, plus il est profond dans le sens de la faiblesse de son contenu. Le plus souvent, il n’est pas exempt de pédantisme, d’obscurité et de complexité. Cela permet à beaucoup de personnes qui s’écoutent de se reconnaître et se croire géniales. Cet effet est souvent proche de celui de la langue de bois et de l’effet Barnum (voir chapitre II. Il y en a de nombreux exemples et en particulier dans les prédictions astrologiques au discours très généralisé, flou et vague).

Exemple 1 : Prédictions du 22 septembre 1997 de Femme actuelle pour le signe astrologique du Poisson : « Travail : impression de ne plus très bien savoir où vous en êtes et par là même sentiment de frustration. Surtout ne pas se laisser déborder pour retrouver l’axe central, le travail, et plus encore sa place dans la société. »

Exemple 2 : Prédictions de l’astrologue Didier Derliche pour 2001 [72]. « Tout au long de cette année 2001, dont le rythme s’annonce rapide, les Astres vous poussent vers le changement. Vous analysez en profondeur les données de votre vie qui ne vous satisfont pas et vous n’attendez pas l’assurance pour passer à l’action. ».

Certains discours sont à la limite de l’escroquerie intellectuelle et de la mystification. Citons par exemple Jacques Lacan : « Dans cet espace de la jouissance, prendre quelque chose de borné, fermé, c’est un lieu, et en parler c’est une topologie. [...] De ce lieu de l’Autre, d’un sexe comme Autre, comme Autre absolu, que nous permet d’avancer le plus récent développement de la topologie ? J’avancerai ici le terme “compacité”. Rien de plus compact qu’une faille, s’il est bien clair que l’intersection de tout ce qui s’y ferme étant admise comme existante sur un nombre infini d’ensembles, il en résulte que l’intersection implique ce nombre infini. C’est la définition même de la compacité. » (Lacan, 1975) [73].

 

Comment  vérifier ou réfuter une information

Entre l’origine et la réception par quelqu’un d’une information, un grand nombre de facteurs peuvent intervenir pour la déformer ou pour la falsifier.

 

L’information originelle peut-être fausse :

a) soit parce qu’elle a été inventée ou déformée, volontairement (cas de la manipulation, que nous étudierons au chapitre III « manipulation, manipulée » …).

b) soit parce qu’elle a été mal récoltée, mal interprétée, mal décortiquée, mal analysée, et mal perçue, à cause des  abus des sens, des illusions, des erreurs de raisonnements logiques, du récepteur ou observateur, souvent de bonne foi.

 

L’observateur ou récepteur peut ou non la vérifier. S’il la vérifie, il le fera en fonction de ses connaissances et de ses critères d’analyse.

 L’information reçue peut être transmise exactement ou déformée (comme dans le cas des rumeurs _ chapitre III …).

 

Ces facteurs déformants  sont par exemple :

 

4)      Les illusions sensorielles (optiques, sonores,etc..) (voir chapitre « perception des sens »).

5)      Les hallucinations collectives (voir chapitre « perception des sens »),

6)      Les raisonnements  erronés, (que nous traiterons ci-après).

 

Le manque de vérification de l’information est un problème important, que nous traiterons plus loin.

 

Nous allons analyser ici un certain nombre d’erreurs de raisonnement liées à nos connaissances ou à notre méconnaissance de certaines limites de nos raisonnements, telles que les limites du raisonnement inductif, etc.

 

Si l’on dit que l’espérance de vie moyenne au Pérou est, en l’an 2000, de 65 ans, il faut alors préciser qu’elle est différente entre les habitants de la côte pacifique et ceux de l’Altiplano.

On peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques, selon la façon d’observer une donnée statistique.

 

Les effets des influences culturelles, du nombre et de la pression du groupe

La quantité des informations n’est pas le garant de leurs qualités. Sinon, le fait qu’un grand nombre de gens croient à une information, n’est pas la preuve de la validité de celle-ci, comme dans le cas des croyances.

Ce n’est pas parce qu’un grand nombre de personnes admet une hypothèse ou une croyance que cette hypothèse ou cette croyance existe et/ou est vraie.

Des millions de Grecs, d’Égyptiens, de Babyloniens ont cru, il y a 2 500 à 2 000 ans, à des religions, à des conceptions du monde belles, cohérentes et « achevées », alors que l’on sait maintenant que ces visions du cosmos étaient fausses.

Ce n’est pas parce que toute « l’opinion publique » « hurle avec les loups » que la majorité a raison.

De même, de nos jours, en Inde, plusieurs centaines de millions d’hindouistes se croient réincarnés, alors que rien ne justifie scientifiquement l’existence de la métempsycose (voir chapitre XIII).

Ce n’est pas parce qu’on reçoit un grand nombre de rapports sur un supposé complot du gouvernement américain sur les OVNI que ce complot est réel.

La bonne foi de l’informateur

Un témoin, un observateur ou un rapporteur peuvent diffuser une information fausse ou déformée, en toute bonne foi [74]. L’information originelle peut avoir été créée pour des raisons malhonnêtes. La bonne foi et l’honnêteté d’un informateur ne sont donc pas des arguments suffisants pour garantir la véracité de telle ou telle donnée.

La compétence du diffuseur  par rapport au domaine concerné par l’information est, elle, fondamentale.

Beaucoup de gens, honnêtes mais crédules, acceptent certaines informations scientifiques ou économiques, en raison de leur faible niveau de connaissances dans ces domaines [75].

Souvent dans la relation de faits incroyables, comme ceux concernant les OVNIS, les gens se reposent sur des faits qu’ils ont vécus et interprétés ou bien sur ceux relatés par des tiers auxquels ils accordent le plus souvent une totale confiance, estimant qu’il s’agit de personnes réfléchies, honnêtes et donc, en la circonstance, incapables de se tromper ou de mentir.

On peut être savant, mais crédule. Vers 1860, le mathématicien Michel Floréal Chasles (1793-1880) transmit à l’Académie des sciences des documents qu’il croyait exceptionnels mais qui se sont avérés tous des faux. Ils provenaient d’un escroc, Vrain Denis Lucas [76], qui par la confection de ces faux, lui a soutiré 150 000 francs de l’époque.

Entre 1867  et 1869, Michel Chasles eut en sa possession une  collection de 1745 lettres dont 80 furent lues à l’Académie des sciences [77],dont une lettre de Pascal prouvant qu’il aurait découvert  la loi de la gravitation universelle avant Newton. Ceci valut une forte réprobation de l’Académie Royale des sciences de l’Angleterre envers l’Académie des Sciences de France.

De nos jours, il est difficile de comprendre comment Chasles a pu se faire berner, par exemple, par des  lettres de Galilée écrites en français, langue que Galilée n’avait jamais pratiquée.

 

Fragilité du témoignage humain et de la mémoire

Et pourtant, s’il y a bien une donnée humaine qui peut être fragile et sujette à caution, c’est le témoignage humain, reposant sur la mémoire. Il sera d’autant plus sujet à caution, que le souvenir remonte loin dans le temps.

La mémoire n’est pas la simple reproduction fidèle d’événements passés, elle est sans cesse en reconstruction et en perpétuelle évolution.

Le témoignage est le plus souvent une observation spontanée, non contrôlée scientifiquement d’un fait, le plus souvent non reproductible. Puis il est interprété par le témoin en fonction de ses croyances et il est donc plus ou moins le reflet des paradigmes de l’époque.  Souvent, même si le témoin est animé de la meilleure volonté, même s’il a le souci de s’en tenir à la vérité, il ajoute le chaînon manquant à ce qu’il a observé. Il complète l’événement de manière à lui donner la signification qu’il pense pouvoir y lire :  « [plusieurs mois ou plusieurs années après les événements], le témoin oublie […] sa mémoire […] recréé à mesure ce qu’efface l’oubli, et cette recréation n’est jamais conforme à la réalité primitive » [elle peut être déformée par l’image légendaire ou mythique qu’a le fait, par l’émotion suscitée par le fait ou par des facteurs affectifs] [78]. »

 

La trop grande confiance des  experts dans les procès.

On le voit encore dans les cas d’erreurs judiciaires connus, comme dans le procès d’Outreau. L’unique source était une mère, elle-même influençant ses enfants et ses proches. Lors de l’instruction, le juge ne vérifie pas qu'un adulte handicapé a pu commettre les crimes dont il est accusé ... Les interrogatoires, dont ceux des enfants, sont menés sans aucune précaution, sans se préoccuper de savoir si la source était fiable ou si elle a pu influencer ses enfants etc.

Même envers les déclarations et enseignements d’une sommité scientifique, nous nous devons conserver notre esprit-critique. Même la personne la plus compétente peut, un jour, se tromper dans son domaine de compétence. A fortiori, ce grand personnage aura plus tendance à se tromper dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence.

 

Les médias en questions

Le traitement médiatique des affaires de pédophilie, et des affaires judiciaires en cours ont été montré du doigt : ont été dénoncés pêle-mêle la précipitation des médias, le manque de professionnalisme, une tendance à croire le pire sans vérification [79], des accusations bafouant la présomption d’innocence[], et surtout un abandon de la prudence journalistique [80]].

En raison du désir du public d’obtenir rapidement les informations et de la concurrence entre les médias, les informations sont souvent diffusées de plus en plus rapidement (comme avec Internet). Cela nuit à leur qualité. En plus souvent elles comportent des oublis.

 

L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence d’un fait

L’absence de preuve pour un fait, à un moment donné, n’est pas la preuve de l’inexistence de cette preuve. L’impossibilité de démontrer un phénomène n’est pas un argument d’inexistence car certaines « bizarreries » peuvent être probables scientifiquement ou/et découvertes et expliquées ultérieurement.

C’est le cas de la foudre en boule[81], reproductible en laboratoire, pour laquelle il y a de nombreux témoignages et dont la stabilité observée durant quelques secondes dans la nature est encore difficilement explicable par les physiciens.

C’est aussi le cas de la vie extraterrestre, dont on n’a pu prouver l’existence jusqu’à maintenant mais que les scientifiques, dans leur grande majorité, estiment probable en raison du grand nombre d’étoiles semblables au Soleil dans le cosmos, de l’existence d’exo-planètes et du fait que l’on retrouve partout dans l’Univers le cycle carbone-azote-hydrogène-oxygène… et la présence d’acides aminés.

Mais tant qu’un fait n’a pas été prouvé, il convient de rester prudent.

 

Effet de non-spécificité réciproque

La non-affirmation de l’existence [ou de la non existence] d’un phénomène ne confirme pas nécessairement son existence. 

Par exemple, ce n’est pas parce qu’on manque de preuves pour justifier [ou infirmer] l’existence d’une vie extraterrestre qu’il faut admettre, comme certains « ufologues », qu’une vie extraterrestre existe nécessairement.

 

Raisonnement analogique ou raisonnement par similitude

L’analogie n’est pas une preuve. Ce raisonnement intuitif peut être trompeur. Dans une tribu sud-africaine, à la pleine Lune, on suspendait à un arbre une outre remplie de lait parce que la tribu avait découvert qu’une vertu de guérison par le lait semblait liée à l’exposition de ce lait aux rayons de la lune. En fait, la véritable explication du phénomène tenait dans l’humidification par le lait de l’enveloppement extérieur de l’outre, ce qui contribuait au développement d’une certaine moisissure aux vertus bactéricides. Ce n’est donc pas la pleine lune qui développait les vertus médicinales de la préparation.

Il existe aussi un autre type d’erreur de raisonnement, semblable à celui-ci, par analogie, comme dans le cas de l’homéopathie. En effet, dans celle-ci, si un produit ingéré à haute dose provoque des coliques, on suppose qu’à faible dose, en raison du postulat d’un hypothétique « principe de similitude », ce produit soignera les coliques. Ce raisonnement est proche du raisonnement magique. C’est en fait un « principe de similitude » non vérifié scientifiquement. Le principe des semblables règne partout dans les mythologies et les métaphysiques. On croit en général en la citation « Qui se ressemble, s’assemble ».

C’est ce type de raisonnement par analogie qui intervient dans la pensée magique.

 

L’illusion de détenir la vérité

Il existe une illusion de l’esprit très puissante existant chez beaucoup de personnes, c’est celle de croire détenir la vérité

La puissance de cette illusion est telle, surtout lorsqu’elle est associée à l’idée qu’on est génial, est de se croire persécuté chaque fois que l’on est critiqué.

Certains « découvreurs », comme Messieurs Benveniste ou Priore [82], se sont  vus comme de nouveaux Galilée [83], victimes de critiques injustifiées, car tout comme Galilée ils croyaient avoir fait une grande découverte qu’un pouvoir religieux, politique ou scientifique ne voulait pas admettre. C’est ce que l’on nomme « le syndrome de la victime injustement persécutée ». Ces personnes se sentent d’autant plus persécutées qu’elles étaient persuadées de devenir célèbres et que, en général, la réfutation de leur doctrine a été brutale.  Il est évident que toute nouvelle théorie doit être validée et que cela n’est possible que si les différentes hypothèses sont cohérentes et vérifiées. Il ne peut y avoir d’exception ou de passe-droit à cette règle déontologique et scientifique.

Glissement de sens ou effet métonymique[84]

Procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d’un terme désignant un autre concept, uni au précédent, par une relation nécessaire. Cet effet consiste à désigner une chose ou un objet par un mot qui se rapporte à la chose. Les sectes, dans leurs techniques de manipulation, détournent souvent le sens des mots afin de faire perdre leurs repères à leur « victime ».

Pour exemple, le panneau sur lequel est écrit « Essuyez vos pieds » devant un paillasson. Dans ce cas, « pieds » désigne les semelles des chaussures et non les pieds. La marche sur le feu : « feu », ici, désigne les braises. En 1997, un empoisonnement a eu lieu avec du cyanure de potassium (poison violent) introduit dans de la Josacine (médicament utilisé pour la prévention et le traitement de germes bactériens). Lors du procès, les médias ont parlé du « procès de la Josacine » au lieu du procès d’un empoisonnement au cyanure de potassium [85]. Boire un verre, c’est boire le contenu du verre.

 

Abus de sens ou abus sémantiques

Connotation des mots utilisés, consciemment ou non, pour introduire une idée quelque peu différente de celle qu’ils prétendent représenter.

Ovni : appellation impropre d’« objet volant non identifié » : on devrait dire PNI, « phénomène non identifié ». En effet, certaines observations ne font pas intervenir d’objet, comme le cas des nuages lenticulaires surplombant les reliefs.

Combustion humaine spontanée : on devrait dire « combustion lente des tissus adipeux chez l’homme après décès ». Ce phénomène très rare a été observé sur des cadavres lors de débuts d’incendie dans des appartements. Après asphyxie de la personne et avec une chaleur localisée, la graisse des tissus se consume lentement [86].

Effet creux et prétentieux d’un discours

L’effet téléphone arabe

Déformation d’un message par transmission de proche en proche, comme avec le jeu du téléphone. Dans ce jeu, une dizaine de participants sont en file indienne et le premier de la file énonce une phrase à voix basse à son voisin. Celui-ci la transmettra avec ses erreurs probables à un autre proche. En fin de file, la dernière personne de la file dicte la phrase qu’elle a cru comprendre. Dans la plupart des cas, on s’aperçoit que cette phrase a peu de rapport avec celle d’origine. Plus l’information est complexe et longue et plus elle se déformera de proche en proche. Cet effet est très courant dans les médias et dans la propagation des rumeurs.

 

L’effet cumulatif des petits oublis ou ajouts « anodins »

C’est à l’aide de petits oublis volontaires ou des généralisations outrancières que l’on peut élaborer des théories totalement fausses ou « orientées » (pour les « besoins de la cause »). C’est par exemple le cas des données dans les pseudo-expériences des dilutions homéopathiques, où le principe de la conservation de masse de Lavoisier et le nombre d’Avogadro sont (volontairement ?) oubliés [87].  Souvent l’intervention de ces oublis cumulatifs ne sont pas anodins mais sont en fait volontaires.

Par exemple, dans les sectes guérisseurs, on avancera de nombreux exemples où la « thérapie » marche, mais on omettra (volontairement ou non), les cas où elle ne marche pas (cancers, scléroses en plaque …).

L’entrée dans la croyance sectaire (semblable par son mécanisme à l’entrée en religion) se fait souvent par un mécanisme incrémentiel, conduisant insensiblement l’adepte à adopter la croyance délirante de la secte. « Au début, l’enseignement de la secte commence par des idées simples et évidentes, que tout le monde peut admettre. Puis, petit à petit, des idées moins évidentes et plus confuses sont introduites [ … elles sont présentées sous une autre forme] avec des éléments nouveaux qui passent inaperçus » [88].

 

Conclusion sur les erreurs logiques de raisonnement

Actuellement les mots holistique  et gnose sont un fourre-tout pour justifier l’idée d’une connaissance Universelle,

 Le problème, est qu’en voulant avoir une trop vision globale de tout (vision holistique) et tout traiter, en voulant mettre « tout dans tout », on aboutit à un « fourre-tout » dénué de toute rigueur scientifique et de toute précision, comme dans le cas de la « médecine holistique », a comme intention (certainement louable), de  traiter en même temps, l’âme et le corps.

 

Plus une allégation ou un phénomène sont extraordinaires, plus ils doivent être validés par un grand nombre d’expériences dont les résultats doivent être conformes aux taux d’erreurs statistiques habituels. Mais surtout, ces constatations doivent être concordantes entre elles.

Comme nous l’avons déjà dit, une hypothèse scientifique, même utopiste, bizarre, suspecte, peut, bien sûr, être étudiée (le monde scientifique n’est pas obtus) mais, dans tous les cas, elle doit et se doit toujours d’être vérifiée par des tests expérimentaux ou par des calculs rigoureux (conditions incontournables et obligatoires de son irréfutabilité. Les conditions ou le domaine de validité de la théorie doivent être précisées,et rajoutons que bien poser un problème permet de mieux le résoudre.

 

CHAPITRE III

Propagation et déformation d’une information

Nous distinguerons la désinformation et la « mal-information ». Dans le cas de la désinformation, l’information est strictment fausse, alors que pour la « mal-information » l’information est partielle fausse (amplifiée, diminuée …). Dans tous les cas, il y a une volonté claire de déformer la vérité.

Nous aborderons aussi, dans ce chapitre, les méta-récits, c’est-à-dire des fictions, dont la « réalité » prend corps avec le temps, et les rumeurs.

 

Les mythes

Étymologiquement, un mythe est d’origine religieuse. Il relate des faits anciens supposés, le plus souvent relatifs aux croyances d’une population à propos de ses origines ou de celles de l’ensemble de l’humanité (mythe de Gilgamesh chez les Sumériens, mythologie grecque antique, la Genèse dans la Bible, par exemple).

Pour Jacques Lacarrière « un mythe, diront les savants, est un récit sacré sur l’homme et sur le monde, faisant appel aux dieux ou aux forces cosmiques. C’est ainsi, en effet, qu’il fut perçu, conçu depuis les temps les plus anciens. Mais comme ces dieux ou ces forces cosmiques étaient des inventions humaines, on peut dire que le mythe est un récit entièrement œuvré pour l’homme sur tout ce qu’il ignore par la force des choses, à savoir ce qui s’est passé avant lui et ce qui se passera après lui sur la terre et le reste du monde » 

 Pour Pierre André Taguieff ; «  un mythe peut être aussi une fausse  information qu’un pouvoir religieux ou politique cherche à véhiculer pour amplifier sa propagande ».

 Le cas le plus célèbre est celui de l’ouvrage « Protocoles des sages de Sion », œuvre antisémite, écrite, en 1906, à Paris, pour le représentant en France de la police politique du tsar, l'Okhrana, par Mathieu Golovinski, que les mouvements d’extrême droite, dont le mouvement nazi, ont porté au zénith [89] [90].

Ce livre parle d’un soi-disant complot juif contre le monde dit occidental.

La désaffection pour les religions classiques, la confiance en la science perçue par certains comme une croyance, l’arrivée de la science-fiction ont pu contribuer à créer tel ou tel mythe (comme celui des OVNI et extraterrestres visitant notre planète …). Comme nous l’avons déjà dit plus haut, le mythe peut s’autoalimenter et renforcer le mythe.

 

Désinformation

La désinformation consiste à faire passer le faux pour le vrai ou le vrai pour le faux (ici l’information est fausse à 100%),

Selon le Dictionnaire culturel des sciences [91], la désinformation se définirait comme suit : « Il s’agit donc d’un jeu sur la vérité des faits, dont l’objectif est de tromper un auditoire en vue d’obtenir des comportements qui lui sont défavorables, comme par exemple l’usage de la désinformation lors de conflits armés, où elle est considérée comme une véritable arme de guerre. Son utilisation s’étend partout où il y a conflit, même pacifique, notamment dans les situations de guerre économique et industrielle. Le champ des activités financières et boursières, très dépendant de l’information, est un lieu privilégié. Que l’entreprise de désinformation dans ce domaine aboutisse ou qu’elle échoue, les protagonistes ne lui assurent aucune publicité : les uns parce qu’ils ont utilisé un moyen que chacun s’accorde à juger répréhensible, les autres parce qu’ils en sont les victimes peu fières. »

 

Les nouveaux moyens de communication, comme Internet, dans la mesure où ils permettent à l’information de circuler sans contrôle et sans médiation, représentent un nouveau support idéal de manipulation [92] [93].

Pour illustrer ce propos, nous présentons l’exemple suivant concernant le cas B de notre schéma.

Le moteur de recherche Google présente cinq sites Web consacrés à la relique appelée saint suaire de Turin. Or ces sites se fournissent tous à la même source, celle de l’abbé Philippe Dalleur et du professeur Jérôme Lejeune. Dans ces sites, les travaux sérieux sur les datations au carbone 14 du saint suaire par le savant américain Mac Grone ne sont jamais cités. On peut alors se demander si cet oubli est intentionnel ou non. Sur ce même site, les références, considérations ou remarques sceptiques à partir des travaux d’Henri Broch et de Paul-Éric Blanrue [94], exposant l’histoire de l’évolution des positions successives de l’Église catholique sur la relique, ne sont pas citées (ces deux auteurs reprennent d’ailleurs les travaux de Mac Grone pour illustrer leur démonstration). Pour avoir les informations d’Henri Broch sur ledit saint suaire, il faut cliquer sur « Broch suaire de Turin », ce que peu de gens savent.

Les gens font tout pour « référencer » leur site sur les moteurs de recherche afin qu’ils apparaissent en tête des résultats obtenus par le moteur de recherche.

En conclusion, si l’on veut tirer un enseignement de ce cas non unique, on peut affirmer que pour éviter toute désinformation, surtout quand on a un doute sur l’authenticité d’une information, mieux vaut rechercher le maximum de sources diversifiées et les comparer.

 

L’objectif est de tromper un auditoire en vue d’obtenir de lui des comportements et des agissements qui se révéleront favorables pour lui.

La désinformation est aujourd’hui un outil de propagande pour légitimer certaines décisions gouvernementales. Par exemple, en 2003 et 2004, le gouvernement du président Bush a justifié une intervention armée en Irak par l’élimination de prétendus stocks d’armes de destruction massive. Mais ces armes n’ont jamais été trouvées. Plus tard, le gouvernement américain a expliqué cette mauvaise information en évoquant des erreurs dans les renseignements recueillis par les agences de renseignement américaines. La désinformation et la mal-information en politique sont très courantes. Nous citerons les deux principaux cas suivants de désinformation, pouvant être une fausse information ou une mal-information, comme l’opération « mincemeat ».

 

Les média-mensonges font parti plutôt des désinformations. Ils omettent certaines informations importantes ou en  rajoute d’autres fausses, en vue d’une manipulation.

Au point de vue politique, les « média-mensonges » sont nombreux et on peut citer par exemple celui du faux des Protocoles des sages de Sion, qu’on a déjà abordé précédemment ou encore le média-mensonge de Thierry Meyssan (voir ci-après). La liste de média-mensonges n’est pas exhaustive …

 

Exemple de désinformation : l’opération « Mincemeat »

Cette opération a été conçue par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale dans le but  de faire croire aux Allemands qu’un débarquement allait avoir lieu en Grèce et en Sardaigne. L’opération a consisté à envoyer de multiples messages faussement secrets pour donner le maximum de crédibilité à cette désinformation. Le but de l’opération était de convaincre les Allemands que le débarquement en Sicile en 1943 était une diversion pour un vrai débarquement en Sardaigne et dans le Péloponnèse. Brièvement, l’opération s’est passée comme suit. Le 30 Avril 1943 78, le sous-marin anglais HMS Seraph jette au large des côtes espagnoles, près de Gilbratar, le cadavre d’un aviateur doté d’une ceinture contenant des documents, ceci afin de faire croire qu’il s’agissait de l’accident d’un avion en route pour Alger. Le 4 Juin 1943, le Times relate discrètement un accident d’avion où plusieurs aviateurs ont péri. Quelques jours après, le cadavre de l’aviateur est repéché sur les côtes espagnoles de Huelva. Les espagnols s’empressent de livrer le cadavre avec les documents, dont certains avaient les vraies signatures de Lord Louis Mountbatten et du général Sir Harold Alexander. En Juillet 1943, les services de renseignements allemands tombent dans le panneau et déplaceront leurs troupes vers la Sardaigne et le Péloponnèse [95].

 

Autre exemple de désinformation : Thierry Meyssan et les attentats du 11 septembre 2001

Selon le livre [96] du « journaliste » français Thierry Meyssan, deux avions téléguidés se seraient écrasés sur les tours du World Trade Center et un missile se serait écrasé sur le Pentagone. Les attentats de New York et de Washington ne seraient qu'une mise en scène résultant d'un complot ourdi par un groupe militaro-industriel américain proche du président des Etats-Unis (et de la CIA). Il tire cette surprenante conclusion du faible nombre de débris d’avion observé sur les photos de l’impact, prises après le cash du Boeing 757 d'American Airlines (vol 77), sur le bâtiment du Pentagone.

 

Meyssan n’est ni un scientifique, ni un enquêteur spécialisé dans les accidents d'avion. Il ne s’est même pas rendu sur place pour enquêter et rencontrer les enquêteurs et tous les acteurs du drame. Il n’a contacté et discuté qu’avec la "National Transportation Safety Board" ou tous autres bureaux d’enquête sur les accidents, aux USA. Il n’a pas pris en compte et analysé toutes les hypothèses possibles pour expliquer le peu de débris d’avion observé sur les photos du crash. Par exemple, les effets et l'énorme énergie thermique d'un feu d'aluminium ou de Dural, se produisant toujours à de très hautes températures. Celles-ci ont dû atteindre certainement plus de 1000 °C au point d’impact, à cause de la combustion des 17 tonnes de kérosènes encore présentes dans l’avion du vol 77. Or un feu d'aluminium est très énergétique, consommant tout l'aluminium présent [97].

 

Meyssan et ses adeptes parlent aussi d'un ordinateur, d'un tabouret en bois, d'un livre ouvert posé dessus qui seraient intacts et qu'on observe sur les photos du crash. « Preuve » que l’impact au Pentagone serait du à un missile. Mais que peut-on déduire de ces « dernières preuves » ? Rien, strictement rien. Car un feu est un phénomène très complexe, infiniment complexe.

Les effets de cet « ouvrage », traduit dans 28 langues, sont ravageurs. Dans les pays musulmans le livre a été malheureusement un best seller.

En Europe le livre a été très médiatisé, et en Allemagne, par exemple, une personne sur cinq croit que le gouvernement américain lui-même est impliqué dans les attentats.

En Égypte, et dans tous les pays arabes une rumeur se répand comme une traînée de poudre : le Mossad serait impliqué dans les attentats et les quatre mille juifs qui travaillaient dans le World Trade Center auraient reçu le conseil de ne pas s’y rendre le jour des attentats.

Sinon, Montasser Al Zayad, avocat du Djihad et ami de al-Zawahiri, numéro deux d’Al Qaïda, confirme qu ‘Al Qaïda et non la CIA est bien l’origine des attentats [98] [99].

Les hypothèses de Thierry Meyssan procèdent des théories conspirationnistes. Celui-ci fait de "l'infotainment", à savoir la confusion entre spectacle et information, au détriment de la Vérité.

 

Mal-information

Une mal-information est une information partiellement fausse. Il y a mal-information lorsque les faits relatifs à une information sont fortement atténués ou amplifiés. Un bon exemple de  mal-information, est la négation de la Shoah et des chambres à gaz par les négationnistes.

 

Exemple de « mal-information » : le massacre de Timisoara

La « mal-information » de Timisoara [100] est une des plus connues : elle a consisté à fortement amplifier une information à des fins politiques.

Timisoara est une ville multiculturelle de 330 000 habitants située à l’est de la Roumanie et comportant une forte proportion de protestants allemands et hongrois.

Sous le régime communiste de Ceausescu, Timisoara était le plus important fief de l’opposition en Roumanie. En décembre 1989, la Securitate (police politique et secrète) enleva et déporta le pasteur méthodiste hongrois Lazlo Tokes. Cet événement déchaîna la colère des habitants de Timisoara, des manifestations violentes éclatèrent entre les opposants au régime et l’armée. Certains militaires tirèrent sur le peuple, d’autres refusèrent. Les rumeurs parlèrent alors de plusieurs dizaines de milliers de morts découverts dans des charniers. En réalité, on le saura quelques mois plus tard, le nombre de morts sera inférieur à vingt, mais cette mal-information de la presse occidentale permit de donner le coup de grâce au régime de Ceausescu, qui s’effondra à la fin de décembre 1989.

 

Métarécits

Déformation de l’historicité de personnages réels par une œuvre littéraire ou par un « métarécit ».

Un personnage historique peut servir de trame pour créer un héros plus romanesque que le personnage réel ne l’était. La difficulté est d’expliquer qu’un roman est une fiction et qu’il faut le considérer comme tel.

Prenons le cas de d’Artagnan. On sait peu de choses sur lui mais on peut imaginer, comme Alexandre Dumas, de nombreuses péripéties pour écrire un bon millier de pages sur ce personnage. Si la vie de d’Artagnan avait été réellement semblable à celle contée dans Les Trois Mousquetaires, il lui aurait fallu plusieurs dizaines de vies.

Dans la littérature, il existe un très grand nombre d’ouvrages dont l’historicité est très partielle. Un autre cas mal connu est celui du personnage de Cyrano de Bergerac décrit par Edmond Rostand. Dans son ouvrage, Cyrano est dépeint avec brio comme un poète batailleur recherchant l’amour platonique auprès de Roxane. En réalité, Savignien Cyrano de Bergerac était né à Paris, donc point gascon, et propriétaire par ses parents d’un domaine à Bergerac, dans la vallée de Chevreuse. Son nez n’était en rien anormal mais il avait une légère balafre sur la joue. Savinien Cyrano de Bergerac doit être considéré comme un poète non négligeable dont les œuvres complètes ont été publiées dans la collection La Pléiade. Utopiste et pamphlétaire, il a été maudit de son vivant par ses contemporains car il était homosexuel et athée. La bûche qu’il a reçue sur le crâne était sans doute en relation avec sa lettre contre les sorciers et l’affaire des possédées de Loudun [101].

Ce qui est curieux, c’est qu’en 1997, en choisissant le nom de Cyrano de Bergerac pour la promo 1997 de l’ENA, nos énarques ne connaissaient pas l’écrivain Savinien Cyrano de Bergerac, mais bien le personnage de Rostand.

Un autre exemple est celui de Guillaume Tell. Ce héros légendaire suisse du xive siècle est un mythe dont la légende aurait été transplantée en Suisse par des émigrants islandais au xv e siècle. La légende de la pomme posée sur la tête du fils de Guillaume Tell a été amplifiée par le drame de Schiller et l’opéra de Rossini. 

Ces exemples montrent qu’une œuvre littéraire peut être fortement éloignée de l’historicité, mais que beaucoup de gens la prendront à la longue pour réelle.

D’autre part, les légendes sont parfois le reflet déformé, il est vrai, d’une vérité sous-jacente ou d’un fait réel (par exemple l’existence de la ville de Troie dans L’Iliade, confirmée par l’archéologie ensuite).

 

Rumeurs

La rumeur est un phénomène de transmission large, par tout moyen de communication formel ou informel, d'une histoire à prétention de vérité et de révélation. Le terme recouvre des réalités très diverses :

 

 

Propagation de rumeurs à partir d’une information mensongère ou tronquée

Une rumeur est souvent véhiculée à partir d’une information tendancieuse, ambiguë, ou à partir de données très anciennes (comme des légendes).

On distingue la « légende vivante », ou rumeur [102], de la « légende morte », ou conte. Dans les rumeurs, il y a souvent une croyance liée à une historicité partielle et une interaction permanente entre le savant (médias et romans) et le populaire[103].

L’origine d’une rumeur est souvent très mal définie, car toute information répétée sans contrôle est inexorablement destinée à perdre très vite la richesse de ses détails pour ne plus retenir que quelques motifs. Il y a une analogie avec les photocopies de photocopie : à chaque nouvelle copie, il y a une perte de qualité. Une rumeur d’origine populaire véhiculée par les médias peut être à la source d’un écrit ou d’un message audiovisuel qui a amplifié et déformé la rumeur originelle. Cette nouvelle rumeur peut engendrer de nouveaux écrits.

Il est très difficile de savoir où commence et où s’arrête le phénomène appelé rumeur. La plupart des rumeurs s’atténuent avec le temps, mais certaines sont tenaces et ne s’éteignent jamais complètement. Le souvenir d’une rumeur peut créer une nouvelle rumeur. Certaines peuvent réapparaître avec un événement ou un écrit, comme par exemple à Loudun, où le souvenir de l’affaire des sœurs dites possédées de Loudun a certainement contribué à médiatiser l’affaire Marie Besnard, survenue dans la même ville [104].

En effet, certains faits étranges peuvent faire ressurgir de vielles légendes qui donneront naissance à de nouvelles rumeurs.

Selon Jean-Noël Kapferer [105] « la rumeur est partout, quelles que soient les sphères de notre vie sociale. Elle est aussi le plus ancien des mass medias. Avant que n’existe l’écriture, le bouche-à-oreille était le seul canal de communication dans les sociétés. La rumeur véhiculait les nouvelles, faisait et défaisait les réputations, précipitait les émeutes ou les guerres. L’avènement de la presse, puis de la radio, et enfin l’explosion de l’audiovisuel ne l’ont pourtant pas éteinte. Malgré les médias, le public continue à tirer une partie de son information du bouche-à-oreille ».

Le on-dit est un non-dit pour une rumeur, car ce qui caractérise le contenu d’une rumeur, c’est l’absence de source officielle. Il faut faire la distinction entre rumeur et fuite d’une information. La rumeur est une œuvre collective. La plupart des rumeurs annoncent un méfait, une catastrophe, un péril. Lorsqu’il s’agit de stars [106], on parle aussi de rumeurs roses. D’une façon générale, les symboles mystérieux, les situations confuses, les périodes de troubles fournissent un tremplin idéal aux rumeurs. L’ambiguïté et la bizarrerie d’un phénomène contribuent à nos questionnements, parfois à nos angoisses.

 

Propagation de rumeurs dues à une psychose collective

Certaines  rumeurs conduisent souvent à des phénomènes de  psychose collective auto engendrée et relative à une croyance éphémère, comme celle que nous relaterons plus loin dans  l’affaire des pare-brise de Seattle.

On distingue la « légende vivante » ou rumeur [107] de la « légende morte » ou conte. Dans les rumeurs, on trouve souvent une croyance liée à une historicité partielle et une interaction permanente entre le savant et le populaire (médias et romans).

 

Le schéma de diffusion d’une rumeur se présente souvent ainsi :

Origine populaire ® média ou romans® rumeurs populaires® médias ou romans.

 

Exemple de rumeur : l’affaire des micro fissures des pare-brise de Seattle

Cette affaire de psychose collective, engendrée d’une façon spontanée, remonte aux années 1950, dans la ville de Seattle [108] [109].

Dans l’agglomération de Seattle, les habitants avaient  observé des micro fissures sur des pare-brise d’automobiles. Les gens  ont cru être victimes de divers phénomènes, que certains ont cru même d’origine surnaturelle. Nous listerons brièvement les principales hypothèses émises par les habitants de Seattle, à cette époque :

 

 

Des enquêteurs gouvernementaux, envoyés à Seattle pendant plusieurs mois, constatèrent que le pourcentage de pare-brise micro fissurés étaient le même que celui des autres villes américaines. Ce phénomène de micro fissures sur les pare-brise, au bout d’un certain temps,  était en fait normal. En fait, les habitants de Seattle n’avaient vérifié que leur pare-brise, sans comparer avec ceux des villes voisines. Cette rumeur propagée par le  « bouche à l’oreille » avait été très peu médiatisée à l’origine. Et de proches en proches, l’information a été déformée et amplifiée par les médias. 

 

Autre exemple de rumeur : la rumeur d’Orléans

La rumeur est partie du fait qu’au cours d’un essayage une jeune femme, pour s’approprier le vêtement qu’elle convoitait, a quitté le magasin sans payer, en laissant dans la cabine son ancien vêtement. De là on a parlé de disparitions de femmes dans les cabines d’essayages de magasins de vêtements juifs, alimentant un réseau de traite de blanches. Cette rumeur a été rapportée par des lycéennes d’Orléans pour discréditer certains commerçants israélites [110]. Ces ragots ont été ensuite véhiculés par la presse à sensation. Dans cette affaire, il n’y eut aucune plainte officielle de familles (ce fait pouvant confirmer dans l’esprit de certains la culpabilité des victimes de la rumeur). Ces faits ont été étudiés par Edgar Morin en 1969.

 

Autre exemple : la rumeurs du 15 décembre 2002

Beaucoup de rumeurs circulent sous diverses formes pendant plusieurs années. Quelques jours avant le 15 décembre 2002 – un dimanche d’ouverture pour la plupart des magasins et grands magasins en France –, la rumeur suivante a circulé par Internet, puis par voie orale, à quelques variantes près : « Un homme ayant laissé tomber par mégarde un portefeuille a dit à la personne le lui ayant ramassé : “Je vous recommande de ne pas sortir de chez vous le 15 décembre, il y aura des attentats.” ». Et un certain nombre de personnes ayant reçu cette « information » ne sont pas sorties le 15 décembre 2002…

Pascal Froissart [111], dans son livre publié en octobre 2002, soit deux mois avant la rumeur du 15 décembre 2002, relate : « Connaissez-vous cette histoire selon laquelle, peu après les événements du 11 septembre 2001, une femme rapporte son portefeuille à un homme qui l’avait perdu et qui, en guise de remerciement, lui conseille de ne pas prendre le métro le lendemain, car, prédit-il, il y aurait de nouveaux attentats ? » Il en tire l’idée qu’« un postillon de salive ne peut décider de la mutation du virus de la grippe, tandis que n’importe lequel d’entre nous peut décider de modifier une histoire, voire d’en faire une parodie ». Cette histoire a circulé par courrier électronique. Et bientôt, par le même canal, une parodie a fait le tour de la planète : l’histoire y est racontée de la même manière qu’auparavant (un sac oublié sur un siège de métro, une bonne âme qui le rapporte au propriétaire. En guise de remerciement, ce dernier la prévient d’un danger imminent). Concernant une rumeur sur un attentat accompagnée d’un conseil incitant à ne pas se trouver le lendemain dans tel restaurant aux États-Unis, Pascal Froissart rappelle les propos d’une victime d’une telle rumeur : « J’étais horrifié. “Il va y avoir un attentat ? murmurai-je. Non, monsieur, répondit-il en chuchotant.. J’y suis allé hier soir, juste la cuisine qui était horrible, et la carte des desserts ridicule”  ».

 

« Technopeurs »

Ce sont des rumeurs alarmistes dues à des mal-informations sur des sujets techniques que la plupart des gens comprennent mal et qui sont véhiculées par des médias à sensation. Des organismes privés ont affirmé après la catastrophe de Tchernobyl qu’il y avait une radioactivité très importante dans le Mercantour. Or d’après les résultats d’expertises, cet excès de radioactivité était inférieur au taux acceptable. Même si une personne avait consommé pendant un an des champignons dits radioactifs du Mercantour, elle serait restée au-dessous des seuils de contamination admissible.

En créant cette technopeur, on a omis de dire, par exemple, que nous vivons entourés constamment de radioactivité naturelle et humaine (par exemple, le potassium 40 que contient notre corps, émet une radioactivité proche de 20 000 becquerels) [112]. Les technopeurs sont souvent dues, comme récemment pour les antennes relais, à une mal-information venue de mouvements écologistes [113].

La science a été synonyme de progrès pour beaucoup, mais comme dans le cas de l’arrivée des métiers Jacquard dans le Lyonnais, le progrès technologique a contrecarré le progrès social, ce qui a justifié la révolte des canuts et le mouvement Ludd en Angleterre vers 1820 [114].

 

Chaînes de lettres

Les chaînes de lettres de Saint Antoine ou de saint Augustin, etc., étaient très courantes il y a une quarantaine d’années. Ces chaînes d’origine douteuse consistaient à envoyer un message en recopiant ou photocopiant une lettre du type de celle ci-dessous, à recopier sous peine de sortilège dans le cas contraire. Dans ces lettres, il n’y avait aucune adresse. À l’origine, une deuxième information devait être transmise au début de la chaîne avec des coordonnées précises (dans un but d’éventuel embrigadement pour certaines). Par superstition, ce type de texte peut être encore véhiculé par certaines personnes vingt ou trente ans après. La plupart du temps, le texte était mal rédigé, dactylographié et mal photocopié. Certains ont véhiculé ces lettres par canular, juste pour en voir les retombées. De nos jours les chaînes de lettres circulent sous forme électronique, sous forme de hoax ou de spams [115] (voir le paragraphe sur les hoax, plus loin dans cet ouvrage).

 

Voici, page ci après, une de lettre de chaîne type : des années 1970 :

AVEC L’AMOUR TOUT EST POSSIBLE

 

« Cette lettre a été adressée pour te porter de la chance. L’original se trouve en Nouvelle-Zélande. Elle a déjà fait le tour du monde neuf fois. Cette fois-ci elle est venue vers toi. Tu rencontreras la chance au cours des quatre jours dès réception de cette lettre. Tout ce que tu auras à faire, c’est de la réexpédier. Ceci n’est pas une farce. Tu auras sûrement toi aussi besoin de chance. N’envoie pas d’argent, car le destin ne s’achète pas. Ne retiens pas cette lettre en ta possession, mais réexpédie-la dans les 96 heures suivant la réception. Fais en 20 copies, envoie-les et attends ce qui se passera dans les quatre jours.

La chaîne a commencé au Venezuela, et a été rédigée par Saul Anthony de Group, un missionnaire originaire d’Afrique du Sud. Si cette lettre doit continuer de faire le tour du monde, tu devras en envoyer 20 copies à des amis et des gens de ta connaissance. Dans quelques jours, tu verras, tu auras une grande surprise, même si tu ne peux y croire. »

 

Quelques autres exemples encore :

« Constantine Diex reçut la lettre en 1953, et quelques jours plus tard, elle gagna à la loterie.

Carlo Daddit, fonctionnaire, reçut la lettre et oublia de la réexpédier dans les 96 heures. Il perdit son travail. Lorsqu’il retrouva la lettre, il la photocopia quand même pour l’envoyer. Quelques jours plus tard, il trouvait un meilleur poste.

Un officier de la Royal Air Force, après avoir reçu la somme 17 millions de livres, la perdit aussitôt. Il avait interrompu la chaîne.

Au cours de l’année 1987, une jeune Californienne reçut cette lettre. La copie, à force de circuler, était devenue illisible. La jeune femme avait l’intention de la réécrire avant de la réexpédier. Elle l’oublia, l’ayant mise de côté. Par la suite, elle rencontra de multiples problèmes comme, par exemple, des réparations très onéreuses pour sa voiture. La lettre a été retenue plus de 96 heures en sa possession. Finalement, elle la dactylographia comme prévu… et gagna dans un concours une nouvelle voiture.

N’oublie pas : n’envoie pas d’argent ! Mais surtout n’ignore pas cette lettre, car il n’est pas donné à tout le monde de la recevoir.

 

CETTE LETTRE T’A ETÉ ADRESSEE PAR QUELQU’UN QUI TE SOUHAITE BONHEUR ET CHANCE.

 

Cette lettre ne fait pas partie d’une chaîne demandant de l’argent. Il ne s’agit que de continuer la transmission d’énergie positive à laquelle s’attache un événement de chance. La réunion des forces mentales positives engendre un effet positif. Quoi qu’il en soit, Meilleurs vœux de chance dans la vie.

 

 

 

 

 

 

Les hoax ou canulars électroniques

Depuis quelques années, des  informations  mystérieuses, anonymes et absurdes circulent par courrier électronique [116]. Ces chaînes de lettres électroniques sont appelées hoax [117] [118], mot qu’on peut traduire en français par « canular » même si certains d’entre eux ne sont pas nessairement des canulars mais plutôt des informations fausses.

Un hoax est une information fausse, périmée ou invérifiable, propagée spontanément par les internautes. Ils peuvent concerner tout sujet susceptible de déclencher une émotion positive ou négative chez l’utilisateur : alerte virus, disparition d’enfant, promesse de bonheur, pétition, etc. Ils existent avant tout sous forme électronique et, contrairement aux rumeurs hors ligne, ils incitent le plus souvent explicitement l’internaute à faire suivre la nouvelle inconsciemment, d’où une rapide réaction en chaîne.

Contrairement au canular, qui est une blague, une farce dont la victime elle-même peut rire ou sourire une fois que la vérité lui est révélée, dans le cas d’un hoax, la victime n’est jamais informée directement de la supercherie. De plus, certains types de hoax poussent les internautes à accomplir des actions dangereuses pour la sécurité de leur ordinateur, ce qui n’a rien d’humoristique.

Le hoax est différent du spam, qui est un message créé délibérément puis envoyé par un individu unique à un grand nombre de personnes dans le but de les exposer à son contenu indésirable, généralement publicitaire ou promotionnel.

Un hoax peut concerner n’importe quel sujet, et surtout être propagé par les internautes eux-mêmes, sans intention malveillante, puisqu’eux-mêmes en sont victimes.

Contrairement à la rumeur, qui est une nouvelle officieuse, vraie ou fausse qui se répand dans le public, un hoax est toujours une information fausse et invérifiable, et même dans le cas où elle est intuitivement perçue comme douteuse, excessive ou erronée.

Comme les spams, les hoaxes peuvent toucher un grand nombre d’internautes. Ils sont considérés comme un hybride de canular et de rumeur : du premier, ils tirent leur faculté à tromper l’internaute en suscitant chez lui une vive émotion, de la seconde, leur capacité à se propager spontanément au sein des internautes. C’est pour cela que le hoax est souvent désigné par le terme « cyber-rumeur ». La plupart des hoaxes sont souvent transmis par une personne que vous connaissez bien et qui s’est faite elle-même piéger.

Chaque hoax comporte toujours une mention telle que : « Envoyez la copie de ce mail à chacun de vos amis et faites-le suivre au plus grand nombre de gens possible ».

Selon plusieurs sites Internet de mise en garde, « les hoaxes sont des messages bien construits, et qui donnent l’apparence d’être bien argumentés, car les hoaxes mélangent le vrai et le faux ; il faut douter surtout de certaines informations référencées comme provenant de sources respectables, comme les agences de presse. La plupart du temps, ces informations sont fausses et ne proviennent pas d’une agence de presse ».

Certaines pétitions appellent l’internaute à ajouter à l’envoi de message son nom ou son adresse électronique, et quelquefois des données personnelles. L’envoi du message se fait sur une liste de signataires, et avec ce système de pétition pyramidale, chaque internaute se retrouve comptabilisé autant de fois.

Ce système présente de sérieux risques pour la vie privée, puisque tous les intermédiaires et l’auteur d’origine de la pétition sont connus. De ce fait, si vous recevez une pétition pour dénoncer tel dictateur, il y a de fortes chances que la pétition ait été conçue par des proches de ce dictateur pour avoir une liste des personnes qui lui sont hostiles. Il est donc fortement recommandé de ne pas signer ce genre de pétition électronique, car la plupart du temps vous n’êtes pas sûr de la bienveillance de l’initiateur de la pétition.

D’autre part, certaines pétitions ont été détournées de leur but pour constituer un fichier publicitaire. Cela a été le cas de la fausse pétition pour sauver la forêt amazonienne (voir ci-dessous). Les conséquences de ces hoaxes sont multiples.

Ils provoquent malgré tout, à la longue, un effet d’incrédulité, c’est-à-dire qu’à force de recevoir de telles désinformations, on finit par ne plus croire aux vraies. Il existe des sites Internet vous permettant de vérifier si une information vous ayant été transmise est un hoax ou non, consulter des sites de mise en garde contre les hoax comme : http://www.hoaxkiller.com ,  http://www.hoaxbuster.com ou http://www.trendmicro.com.

 

Exemple de hoax : pétition pour sauver la forêt amazonienne en 2000

Le Brésil vote en ce moment un projet qui doit ramener le forêt amazonienne à 50 % de sa taille. Cela vous prendra une minute de lire ce message mais, si cela vous tient à cœur, vous pourrez ensuite rajouter vos noms à la liste, puis copier ce message et le transmettre à vos contacts.

La zone à déboiser représente quatre fois la surface du Portugal et serait principalement utilisée pour l’agriculture et le bétail

Tout le bois doit être vendu aux marchés internationaux sous forme de copeaux, par de grandes compagnies internationales

La vérité est que le sol dans la forêt d’Amazonie, sans la forêt elle-même, devient stérile et inutilisable. Il est d’une qualité très acide et la région est constamment sujette à des inondations. En ce moment, plus de 160 000 kilomètres carrés déboisés avec le même but sont abandonnés et en cours de désertification.

Par ailleurs, le déboisement et le traitement ultérieur des copeaux à cette échelle libéreront dans l’atmosphère des quantités énormes de carbone (contenu actuellement dans le bois), augmentant ainsi les changements climatiques. Nous ne pouvons pas laisser faire sans réagir.

Veuillez copier le texte dans un « nouveau » courrier, rajouter votre nom à la liste ci-dessous et envoyer le message à tous vos contacts. (Ne pas seulement « transmettre » car ceci alourdirait le mail qui finirait déplacé avec des lignes et des » » ») si vous êtes la 50e personne à signer. S’il vous plaît, envoyez une copie à F…@Com.FR (le site a été modifié).


 CHAPITRE IV

Manipulations et manipulés

« La manipulation fait miroiter un don illusoire qui lui permet d’exercer son pouvoir sur le manipulé, tout en repoussant à l’infini le terme de ce don. » Jean-Marie Abgrall [119].

 

Mécanismes de la manipulation

La manipulation est une technique sur laquelle se penchent les meilleurs experts de la communication et du marketing.

Selon J.-M. Abgrall, « Dans le domaine des sectes, l’existence d’un conditionnement antérieur est souvent un facteur de glissement de l’adepte d’une structure vers une autre, d’une secte vers une autre ou d’une conduite sectaire à une dépendance philosophique, religieuse ou autre. » [120]

En France, plusieurs commissions parlementaires et missions interministérielles d’étude sur les sectes ont été créées.

En 1998, ce fut le Graphes (Groupe de réflexion et d’analyse des phénomènes sectaires), fondé par Michel Mauroy, remplacé par la Mils (Mission interministérielle de lutte contre les sectes), elle-même remplacée en 2002 par le Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).

 

L’enlisement dans l’erreur à la base des techniques de manipulation 

« Les techniques de manipulation sont à la base du marketing. Selon Abgrall, le but des images publicitaires est d’appâter le client potentiel. Il faut que, même s’il a été berné par un commerçant lors d’un achat inutile ou peu conforme à ses désirs, le client, par amour propre, explique tout ce qu’il PEUT faire avec son achat ».

De même, une personne ayant souscrit à un premier stage dans une secte trouvera souvent un justificatif à son engagement pour s’inscrire à d’autres.

Beaucoup d’individus finissent souvent par être intimement persuadés du bien-fondé de leur nouvelle opinion. On appelle« escalade d’engagement », « cette tendance que manifestent les gens à s’accrocher à une décision initiale, même lorsqu’elle est clairement remise en question par les faits. Tout se passe comme si le sujet préférait s’enfoncer plutôt que de reconnaître une erreur initiale d’analyse, de jugement ou d’appréciation. » [121] [122].

L' influence sociale ou la pression sociale

L'influence sociale ou la pression sociale est l'influence exercée par un groupe sur chacun de ses membres aboutissant à lui imposer ses normes dominantes en matière d'attitude et de comportement. On distingue classiquement trois types d'influence sociale : le conformisme (c’est se conformer à l’opinion de la majorité), la soumission à l'autorité, l'innovation (la fascination pour tout ce qui est nouveau).

Dans le domaine du conformisme, sont connues les expériences de Salomon Asch [123].

 

L’expérience de Solomon Asch :

Le psychologue américain Solomon E. Asch (1907-1996) a réuni en laboratoire des groupes de personnes devant théoriquement participer à une étude traitant de la perception visuelle. Il s'agit de comparer la longueur de trois lignes, à la longueur d'une ligne étalon. Or, manifestement, l'une des lignes est rigoureusement de la même longueur que la ligne étalon, alors que les deux autres sont de longueur différente.
L’expérience met en jeu un groupe composé de 7 à 9 « compères » (des complices du chercheur, les « initiés ») et d'un sujet « naïf » (le véritable sujet de l'expérience). Les initiés doivent donner des réponses unanimes volontairement erronées dans les 2/3 des cas. Chacun donne sa réponse en présence de tous les autres. Le sujet non-initié intervient toujours en avant-dernière position, subissant ainsi la pression des initiés.

La tâche proposée au groupe est la suivante : il va s'agir de comparer un segment témoin à trois autres, parmi lesquels un seul a la même longueur que le segment témoin.

Image:Asch.gif

 

Comme on le voit, cette tâche est d'une simplicité enfantine et devrait se solder par une performance avoisinant les 100% pour tous les sujets. Chacun d'entre eux répond à tour de rôle et à haute voix, le sujet « naïf » étant placé en avant-dernière position. On réalise 18 essais ; dans 12 de ces essais, les « compères » donnent une mauvaise réponse de manière unanime. Les résultats montrent que dans cette situation, 33% des sujets « naïfs » donnent une réponse conforme à celle des « compères » [124].

Comment expliquer le conformisme ? Dans une situation de groupe, l'unanimité plaide en faveur de l'exactitude de l'opinion exprimée. De plus, généralement, les individus craignent la désapprobation sociale. En résumé, le conformisme s'explique par deux types d'influence : une influence informationnelle (le groupe a raison contre l'individu) et une influence normative (il est plus coûteux de subir la désapprobation du groupe que de se conformer).

 

Facteurs influençant le conformisme 

Ce sont logiquement tous les facteurs qui vont impliquer l'influence informationnelle et/ou l'influence normative (par exemple, la taille du groupe, la difficulté de la tâche, l'attrait du groupe, la confiance en soi du sujet « naïf », etc.).

 

L’expérience de Solomon Asch explique comment des personnes, sous l’effet d’un groupe, verront ou témoigneront d’une chose, qu’elles n’ont pas objectivement et physiquement vue (comme des « Miracles religieux » …), d’autant qu’en plus, le sens commun véhicule l'idée qu'une minorité d'individus ne peut guère influencer une majorité écrasante (effet mouton de Panurge ou effet « les loups hurlent avec les loups »).

Par certaines techniques de persuasions _ utilisées par les vendeurs, les politiques, les sectes, les escrocs … _, on peut être amené à faire des choses contre son gré, choses qu’on ne ferait pas dans des conditions normales [125], y compris accomplir des actes extrêmes, comme torturer autrui, donner de l'argent, donner de son temps à une cause, acheter des produits non désirés, au risque de s’endetter [126] [127].

Par exemple, si vous vous promenez en ville en levant la tête en l'air, il est peu probable que beaucoup de gens fassent de même, par contre promenez-vous à cinq ou six la tête levée vers le ciel, et ceux qui vous croiseront auront tendance à faire de même en ayant déduit qu'il doit forcément s'y passer quelque-chose.

Les faux clients dans un lieu (un bar, un restaurant ou une discothèque, comme à Pigale) feront croire aux passants que puisqu'il y a du monde, ce lieu doit être nécessairement intéressant.

Lors de ventes pyramidales [128], de ventes multi-niveaux [129], de HYIP (« High Yield Investment Program » ou « programme d'investissement à haut rendement »), l’effet et la pression morale d’un groupe vociférant et unanime rencontré lors d’une réunion de présentation du produit vous amèneront à verser de l’argent (pour un système suspect), à acheter un produit (qui vous restera sur les bras ensuite), alors que dans les conditions normales, vous n’auriez pas agi ainsi.

Bien des gens sont influencés parce qu’ils entendent que tel produit a déjà été acheté par une nombre impressionnant de clients (souvent qualifiés de "satisfaits"), qu’il a reçu un flot de compliments et d'appréciations, que des milliers de gens utilisent l'homéopathie, que l'acupuncture est pratiquée par des milliers de personnes depuis des milliers d'années, que de nombreux témoignages viennent corroborer l'efficacité de ce produit, que "l'avis des consommateurs", d'organismes "spécialisés" ou d'instituts de sondage est unanime, parce que le produit est "élu produit de l'année" ou bien "saveur de l'année", parce ce que « tant de gens ne peuvent tout de même pas se tromper, en même temps ! » ou « tout de même, si ces gens répètent la même chose depuis des années avec une telle certitude, c’est qu’il doit y avoir quelque chose de vrai dans ce qu'ils racontent ».

Le client déçu ne manifeste que rarement sa déception, soit par honte de s'être fait berner, soit parce que la dépense financière constitue un engagement qui le pousse à rationaliser son acte.

Festinger [130] a montré que lorsqu'un groupe religieux, une secte, voit ses prédictions réfutées par la réalité, ses prophéties mises à mal par leur non-réalisation, le comportement du groupe en question tend vers un développement de son activité prosélyte de façon à réduire la dissonance résultante, car en recrutant le plus d'adeptes possible, cela les conforte davantage dans leurs croyances. L'argument du nombre permet ainsi au groupe de rationaliser et de pallier à l'échec de la prophétie, d'autant plus chez ceux pour lesquels l'investissement moral dans le mouvement est important.

Pour réduire notre incertitude intérieure, notre vulnérabilité face à l'ignorance, pour faire face et contrecarrer une situation confuse ou ambiguë, nous nous en remettons aux autres (d’autant plus que nous somme fragiles), en oubliant que ceux sur lesquels nous faisons reposer notre jugement et nos décisions sont eux aussi à la recherche de preuves sociales, ce qui risque de nous plonger de nouveau ou/et encore plus dans une ignorance collective étendue.

Des témoins en nombre, assistant à une agression ou à un début d'incendie, ne bougeront pas, leur jugement reposant alors sur l'inaction de leurs congénères (le fameux effet spectateur). Ils chercheront des indications dans l'attitude de leurs semblables afin de déterminer quelle action ou réponse ils doivent apporter de leur côté.

Une étude publiée en 2006 [131], a montré aussi que la sélection d'une chanson elle-même, et au-delà sans doute le succès d'un "tube", peuvent n'être que la conséquence d’un suivisme social.

 

Le béhaviorisme ou comportementalisme

Le mot béhaviorisme vient de l’anglais behavior, signifiant « comportement » et vient du sociologue américain J.B. Watson vers 1920.

Ce courant de la psychologie scientifique appliquée a connu un fort développement jusqu’en 1950 et a pour objet l’étude du comportement, considéré comme unique champ observable de l’activité psychologique, sans référence à la subjectivité [132].

Le béhaviorisme est aussi appelé « comportementalisme » ou « psychologie objective ».

Placé dans un environnement donné, un sujet va émettre des informations qui agissent sur le milieu, et si les informations sont en cohérence avec le milieu, celui-ci donnera des réponses renforçant le comportement initial.

En effet, le comportement humain ou animal est régi par des contingences dites de renforcement ou d’atténuation.

Le béhaviorisme a fait l’objet de nombreuses critiques et a donné naissance au cognitivisme avec les doctrines de l’information de Shannon vers 1950.

Certains principes du béhaviorisme ont été appliqués par des psychothérapeutes en thérapies dites comportementales (voir chapitre XI).

Selon ces psychothérapeutes, les thérapies comportementales travaillent sur la relation patient-thérapeute et sur une prise de conscience du patient pour résoudre ses difficultés. On peut toujours craindre que le patient soit manipulé par le psychothérapeute lors de cette relation. Ce problème se pose d’ailleurs aussi en psychanalyse dite comportementale.

Ces techniques behavioristes peuvent servir à manipuler les gens.

 

Persuasion et autosubjectivité

La validation subjective ou effet Barnum

Cet effet tend à généraliser une rhétorique. Nous rappellerons que la rhétorique est la persuasion par le biais d’expressions éloquentes.

L’expression « effet barnum » est due au psychologue B. R. Forer en hommage à la réputation de maître de la manipulation psychologique de P. T. Barnum, homme de cirque, vers le début du xxe siècle. Cet effet tend à faire accepter une vague description de personnalité comme s’appliquant de manière singulière à soi-même, sans se rendre compte que la même description pourrait s’appliquer à n’importe qui. Prenez par exemple ce texte de Bertram R. Forer (1914-2000) [133] présentant une évaluation personnelle de personnalité et diffusez-le à un groupe de personnes en faisant croire que chacun a un texte différent et personnalisé :

« Vous avez besoin d’être aimé et admiré et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez les compenser. Vous avez un potentiel considérable qui n’a pas tourné à votre avantage. À l’extérieur, vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même.

Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu’il fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d’être un esprit indépendant et vous n’acceptez l’opinion d’autrui que dûment démontrée. Mais vous savez qu’il était maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moments, vous êtes très extraverti, bavard et sociable tandis qu’à d’autres vous êtes introverti, circonspect et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes. »

Ce texte établi par B. R. Forer est, comme on peut le voir, très général mais chacun croit qu’il a été conçu spécialement pour lui. Cela avait été confirmé par B. R. Forer auprès d’un grand nombre d’étudiants qui s’était approprié ce texte à 85 %.

Les explications les plus courantes pour expliquer cet effet tournent autour de l’espoir, de la confusion entre désir et réalité, de la vanité et de la tendance à vouloir toujours interpréter, alors que l’explication originale de Forer tournait plutôt autour d’une naïveté inconsciente [134].

Chacun accepte des affirmations, souvent inconsciemment, surtout si elles sont flatteuses pour lui ou ont une connotation positive.

Ceci est corroboré par l’article de David Marks et Richard Kamman [135].

« Une fois qu’une croyance ou une supposition a été trouvée, et spécialement si elle permet de résoudre une incertitude inconfortable, elle introduit un biais chez le sujet qui lui fait remarquer toute information permettant de confirmer la croyance, de sous-évaluer tout élément opposé. ». Ce mécanisme renforce l’erreur originale et construit une confiance excessive, au point que les arguments des opposants sont vus comme une contradiction de la croyance adoptée.

 

Les psychologues Dickson et Kelly ont ensuite poursuivi les recherches sur cet effet, faisant notamment ressortir que l'évaluation de la pertinence augmentait selon différents facteurs, notamment :

 

 

Selon Dickson et Kelly (1985) qui ont étudié la totalité des recherches dédiées à ce phénomène, ils ont constaté  que nous aimions particulièrement la flatterie et les discours qui nous valorisent.

D’après les différentes études  de Dickson et Kelly, on comprend que les traits de caractère qui nous avantagent soient plus facilement acceptés comme une description précise de notre personnalité plutôt que les traits désavantageux.

Par exemple faites vous-même l'expérience, et dites à quelqu'un : "Je trouve que tu as un grand sens de la justice, n'est-ce pas ?". Vous verrez que la réponse sera toujours : "Oui, c'est vrai...".

Dans les recherches sur l'effet Barnum, les analyses de personnalité donnent aux sujets l'illusion d'un portrait nuancé reposant sur une description vague de traits et de leur contraire.

L'esprit humain comble alors la description en y projetant ses propres images et en ne retenant que ce qui l'arrange.

De plus, nous cherchons toujours à obtenir des informations sur soi afin de nous construire ou de compléter la représentation que nous nous faisons de nous même, ce qui n'est pas chose facile. Aussi dès que des informations extérieures nous permettent d'assouvir ce besoin d'information à notre égard, nous avons tendance à les accepter, surtout si nous croyons aux méthodes qui les révèlent.

En effet, les expériences rationnelles de certaines pratiques d’arts divinatoires comme l’astrologie, la numérologie, la graphologie ou la chiromancie montrent qu'elles ne constituent en rien des outils valides pour déterminer la personnalité. Pourtant, la plupart de leurs clients sont satisfaits et convaincus de leur jugement.

La recherche de Dickson et Kelly montre également que l’effet Barnum est davantage présent chez les personnes qui possèdent un grand besoin d'approbation ou encore une tendance autoritaire.

Le danger avec l’effet Barnum c’est que nous risquons de trouver pertinent n’importe quelle méthode d’évaluation de la personnalité, d’accepter des déclarations hasardeuses voire fausses sur nous-mêmes, si tant est que nous les considérions suffisamment positives ou flatteuses. Une fausse description de notre personnalité peut nous paraître précise et spécifique alors qu’elle est vague et qu’elle peut s’adapter à de nombreuses personnes [136] [137].

 

Mécanismes sectaires

La plupart des pseudo-sciences étant véhiculées et pratiquées par des groupes sectaires, il nous a semblé logique de parler dans cet ouvrage des mécanismes et embrigadements sectaires [138].

Tout d’abord, une secte pourrait se définir ainsi : « groupe ou groupuscule d’individus ayant une même doctrine très dirigiste, d’ordre religieux, ésotérique, politique ou philosophique ». « Selon le rapport de mars 2005 pour la Miviludes, c’est-à-dire la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, l’une des définitions possibles pour qualifier un groupe “d’organisation sectaire”, “quels que soient sa taille et son objet, tient à la capacité qui est la sienne de modifier la personnalité de ses adeptes en vue de favoriser l’allégeance inconditionnelle au clan et à son gourou”. » (Citation extraite du rapport de la Miviludes).

Dans toute secte il y a un gourou ou un groupe de gourous qui impose ses doctrines aux adeptes par un dirigisme absolu [139].

Pour Arnaud Palisson [140] « la nuance entre Eglise et secte est floue, et dans le cas de l’Église de la scientologie, le problème du point de vue juridique n’a pas été résolu malgré plusieurs jugements. En France, l’Église de la scientologie est répertoriée dans le rapport Vivien comme une secte, mais d’autres pays comme les Etats-Unis considèrent la Scientologie comme une Eglise ».

Certains estiment que le christianisme a été une secte à ses origines. Il faut alors admettre que le christianisme est une secte qui a bien réussi [141] !

L’origine des sectes est très ancienne. Certaines doctrines sectaires comme celles rosicruciennes prétendent remonter au syncrétisme hélléno-pharaonique allié à un syncrétisme judéo-chrétien vers le iiie siècle [142].  La Rose-Croix s’est comportée comme une société secrète dès le xve siècle et on retrouve chez Raymond Lulle, Marcile Ficin, Giordano Bruno et dans la théosophie de Rudolf Steiner des symbolismes rosicruciens.

On distingue actuellement deux mouvements rosicruciens : la Rose-Croix Amorc, plutôt mercantile, et la Rose-Croix d’Or (Lectorium Rosicrucianum ou Ecole spirituelle gnostique transfiguristique), créée vers 1924, plus fortement ésotérique.

Certains adeptes se sont ensuite orientés vers l’Organisation du Temple Solaire.

L’extension des groupes sectaires et leur puissance est un phénomène qui s’est amplifié ces dernières années. Cette propagation s’est souvent faite aux dépens de mouvements religieux conventionnels. Tous les groupes sectaires véhiculent des principes paranormaux de philosophie, de thérapie ou d’ésotérisme. Au niveau de leur philosophie, ces groupes se réfèrent par exemple à des écrits mystiques, de Pythagore, d’Hermès Trismégiste, datant de plus de deux mille ans, et d’alchimistes occultistes médiévaux (Paracelse, etc.). Des sectes encore plus délirantes conditionnent leurs adeptes à recevoir des extraterrestres (les raëliens). Elles se caractérisent de plus en plus par un anti-intellectualisme extrême, et dans certains cas elles cherchent de véritables contre-systèmes intellectuels, et refusent  la science. En général, elles insistent sur l’affectivité, l’expérience intérieure, l’éveil de la personnalité, la recherche d’énergies positives.

Certaines nient la théorie de l’évolution en considérant que la vie humaine est apparue 2 870 ans avant notre ère et en appliquant un intégrisme biblique, comme les Témoins de Jéhovah, les Pentecôtistes, les Antoinistes et les sectes guérisseuses d’inspiration vaudoue. De même, les juifs kabbalistes et les intégristes musulmans réfutent les théories darwiniennes.

Il y a trente ans, les sectes étaient orientées vers le New Age avec l’hindouisme, les mouvements hippies et le gandhisme. Après 1968, en France, on a assisté à la création de nombreuses communautés dont certaines ont dérivé vers le gandhisme avec un très grand apport de méditation transcendantale. Ces groupes voulaient changer le monde en créant des micro-expériences.

Lanza Del Vasto [143] fonda l’Arche, en 1948, une communauté non violente d’inspiration gandhienne [144]. Cette communauté servira de référence, vers les années 60, à la création d’autres communautés, en particulier, en Ardèche. Certaines dériveront vers les groupuscules sectaires.

Avec le rapport Vivien de 1983 et le rapport de la Miviludes de mars 2005 (tous deux publiés à La Documentation française), plus de 173 sectes sont officiellement répertoriées.

Certaines sont dangereuses. Elles peuvent amener leurs adeptes au « suicide » collectif, comme la secte du Temple du Peuple au Guyana en 1978 (faisant 924 victimes), la secte de l’Organisation du Temple Solaire en mars 1997 avec 16 « suicidés » dans le Vercors et déjà, en 1994, 5 morts près de Montréal (Québec) et 23 cadavres à La Rochette à Cheiry, canton de Fribourg, et 25 aux Granges-sur-Salvan, dans le Valais (Suisse), soit au total 69 morts pour cette Organisation [145]. Il y a eu encore d’autres cas de sectes tueuses, comme la secte californienne de l’Heaven’s Gate qui a conduit 39 jeunes a se suicider en 1997 à San Diego, etc. [146].

Le 29 mai 2001, le Parlement a adopté la proposition de loi About-Picard contre les dérives des sectes et leur prolifération, grâce à l’action de  Catherine Picard rapporteuse de cette loi [147]. Cette loi a été votée, mais en partie vidée de son sens initial, par la suppression du délit de manipulation mentale, sur pression de l’Église catholique et de nombreuses sectes.

 

Stratégies d’embrigadement des groupes sectaires [148]

Certains groupes affirment d’emblée leur identité mais d’autres utilisent des masques, des organisations écrans, pour attirer les clients sans les effrayer. C’est par exemple le cas de l’Église de la scientologie, utilisant, dans les années 1990, de nombreux organismes écrans comme « l’école du rythme », « les centres Narconon » de lutte contre la toxicomanie, des centres de formation pour cadres, la « Commission des citoyens pour les droits de l'homme » ou « Citizens commission on human rights (CCHR), « l’Association Ethique et Liberté », ayant pour but de dénoncer "crimes psychiatriques, abus de tranquillisants, abus policiers, discrimination, etc."   [149] [150].

Toute personne a connu des moments de grande détresse dans sa vie et c’est souvent dans ces moments que celles-ci sont les plus facilement manipulables et « embrigadables » par les sectes.

 

Chez le futur adepte d’une secte on rencontre souvent un conditionnement préalable facilitant leur basculement dans le fanatisme qu’il soit religieux, politique, philosophique ou « scientifique ». Par exemple, presque tous les islamistes, ont « bénéficié » d’une éducation islamique préalable depuis la plus tendre enfance. Il sont d’ailleurs majoritairement recrutés dans les milieux musulmans, à quelques rares exceptions près.

 

Il y a souvent dans l'adhésion de l’adepte… une mécanique avançant étapes par étapes, invisible pour l'observateur, en particulier au sein des organisations sectaires aux stratégies de propagandes élaborées [151].

Sachant que leur doctrine, si elle était connue dans son intégralité, crérait le doute chez nombreux adeptes potentiels, beaucoup des groupes sectaire installent très progressivement, étapes par étapes, les disciples dans leur système de croyances. Ils peuvent même aller jusqu'à cacher (momentanément) la vérité sur cette doctrine.

 

Le docteur Abgrall décrit la réalité de la stratégie sectaire:

 « Le développement au sein d'une secte coercitive de doctrines aberrantes (par exemple, la prétention du thétan à traverser les murs, un contrat de travail pour un milliard d'années, la faculté de regarder derrière soi sans se retourner, la communication avec les extra-terrestres, le combat contre les lémuriens, etc.), qui suscitent le rire à leur exposé, n'intervient qu'à un stade plus avancé dons la démarche " initiatique » [152].

 

La construction de sa croyance étant lente et progressive, l’adepte n’a pas toujours conscience de s’engager progressivement sur le chemin d’une adhésion totale à une doctrine délirante, qui sous un autre éclairage, lui aurait paru aberrante, cela grâce à l’introduction progressive d’éléments douteux passant souvent inaperçus [153] [154].

S’y rajoutent des stratégies de séductions et de manipulations multiples, tel un premier contact amical, humain, aidant à désamorcer toutes les suspicions trop fortes. Ce qui est important est que le premier contact soit établi puis que d’autres contacts se répètent ensuite, afin de renforcer l’emprise du groupe sectaire sur le néophyte [155].

 


Méthodes de recrutement 

Les méthodes pour appâter sont variées, les principales sont :

 

a) Conférences :

Sur des sujets paraphilosophiques ou ethnologiques : les philosophies hellénistiques, le bouddhisme tibétain, le catharisme, l’ésotérisme, le Graal, le chamanisme, l’astrologie, le spiritisme ou l’ufologie (Nouvelle Acropole).

b) Salons de produits naturels :  Dans ces Salons, des sectes comme le Parti de la loi naturelle vendent des produits biologiques, mais surtout des stages de formation pour mieux vivre.

c) Tests : Tests pour connaître sa personnalité selon les doctrines de la dianétique de l’Église de la Scientologie.

d) Écoles de musique ou d’art : telles les « écoles du rythme ou  les « école de l'éveil » des scientologues.

e) Certains stages sophrologiques ou de qi qong (comme avec le Falung Dafa). De nombreuses sectes les proposent.

f) Propagande pour la réinsertion des drogués : c’est le cas de Patriache et de Narconon de l’Église de la scientologie.

g) Assemblées évangéliques avec de fortes manifestations charismatiques et antirationnelles. Dans certaines assemblées, on peut observer d’impressionnantes guérisons miraculeuses supposées, certaines obtenues par l’intermédiaire d’artéfacts.

 

Techniques masquées pour attirer le client sans l’effrayer 

« Sont masqués, au départ, les techniques de mise en dépendance, les finalités de la formation ainsi que le pouvoir et les profits des dirigeants.

Sont masquées aussi l’exploitation au profit du groupe ainsi que les contraintes. Certains groupes montrent d’emblée leur raison sociale, mais d’autres utilisent des organismes de formation dont les coûts augmentent rapidement pour l’adhérent ou d’adepte. Cela rend difficile tout départ du groupe, car un adepte s’étant sacrifié financièrement se dira qu’il n’a pas fait cela pour rien » [156] [effet de persévérance pour justifier sa lâcheté ou son aveuglement face à un gourou ou  à la secte]. Normalement, il est difficile de recruter une personne qui n’a exprimé aucune demande pour modifier sa personnalité. Pourtant, les sectes cherchent à y parvenir. Le recruteur proposera tout d’abord au client un cycle court de trois à quatre conférences gratuitement ou à des tarifs très modiques, les thèmes étant philosophiques ou plutôt pseudo-philosophiques et le plus souvent ésotériques. Ces conférences se font généralement dans une atmosphère chaleureuse et anodine. Le but de ces conférences initiatiques est d’inciter le client à avoir un idéal plus élevé dans ce monde égoïste et matérialiste.

Leurs méthodes font de larges emprunts à des techniques, aux finalités détournées, de psychothérapies alternatives, comme en scientologie.

Selon A. Fournier et M. Monroy, ces « psychothérapeutes visent à rendre autonome la personne hors des cadres thérapeutiques, tandis que les groupes sectaires cherchent au contraire à maintenir la personne par une thérapie destinée à la garder dans le groupe. Après cette initiation anodine, on proposera au futur adepte une formation plus personnalisée mais plus onéreuse avec méditation et relaxation (sophrologie, yoga, méditation transcendantale) [157].À cela s’ajoute le plus souvent un travail progressif et répétitif qui fait vaciller tous les repères antérieurs en les dévalorisant méthodiquement et en les remplaçant par ceux qu’on trouve dans le groupe. Ce qu’ignore l’adepte, c’est qu’au terme de cette formation, qui peut durer plusieurs mois, il ne sera plus en mesure d’exercer son sens critique, car il aura perdu tous ses repères extérieurs au groupe. « L’emprise trouve dès lors sa traduction évidente dans les bouleversements notables de sa personnalité qui s’opèrent sur le plan émotionnel (sentiments exacerbés ou amnésies à l’égard d’autrui) et comportemental (abandon des anciennes références morales, passages à l’acte délictuel au nom des intérêts du groupe, perte du sens critique, adoption de pratiques irrationnelles voire dangereuses pour soi et autrui). » (Monroy et Fournier).

Certaines doctrines alimentaires ont conduit des adeptes à des anorexies conduisant à la mort (ce fut le cas du fils de Roger Ikor, décédé dans une secte). D’autre part, la secte épuise financièrement l’adepte pour mieux l’avoir sous sa coupe et, s’il est ruiné, elle le fera travailler bénévolement pour elle. A ce régime, certains adeptes s’effondrent moralement, ce qui peut les conduire au suicide.

 

Manipulation par une  soumission abusive ou effet Milgram

Dans toutes les systèmes totalitaires, on cherche à asservir les individus et à obtenir d’eux une soumission totale à tout ordre impératif et arbitraire.

Stanley Milgram, psychologue social américain (1933-1984), a réalisée une expérience célèbre, en 1964, aux Etats-Unis, pour étudier la soumission à l’autorité. Lors de cette expérience, on tente de pousser des citoyens "ordinaires" à commettre des actions meurtrières par le seul effet d’un ordre impératif répétitif, imposé par une personne représentant "l’autorité supérieure". Sous prétexte d'une expérience visant à étudier les effets de la punition sur le processus d'apprentissage, l'expérimentateur (le chef) demande au sujet de prendre le rôle d’un professeur devant punir, par une décharge électrique, son élève, chaque fois que ce dernier commet une erreur au test. L'élève est en réalité un acteur simulant la douleur provoquées par les soit-disant chocs électriques. Lorsque le sujet supporte mal les hurlements de l’élève et veut arrêter l'expérience, l'expérimentateur lui commande fermement de continuer et d’augmenter à chaque fois le voltage. L’expérience montre que 65% des volontaires peuvent être amenés, pour une somme dérisoire, à infliger un choc électrique dangereux, voire mortel, à une personne qu'ils ne connaissent pas, qui ne leur a rien fait et dont la seule faute est de s'être trompée dans un test de mémoire. Le cadre sérieux de l'université et « l'autorité » présumée des organisateurs de l'expérience suffisaient à légitimer, aux yeux des volontaires, une telle barbarie. Pour rendre compte de cette soumission,  Milgram a fait l'hypothèse que certaines personnes, placées en position d’exécutants, se déresponsabilisent totalement face aux exigences de l'autorité [158].


Chapitre V

L’univers de la psychologie et du psychisme

« Notre esprit scientifique est assez malin pour deviner l’effet que nous appelons, en latin, effet placebo. Le malade croyait suffisamment au rêve pour être guéri. » Catherine Clément [159].

 

L’inconscient freudien

Selon les psychanalystes freudiens, l’inconscient est ce qui échappe à la conscience, même quand le sujet cherche à le percevoir et à y appliquer son attention.

Pour Freud, la « voie royale » de la découverte de l’inconscient est le rêve, qui permet de lever le refoulement. Il ajoute également les actes manqués, les lapsus, les mots d’esprit et, plus généralement, tous les actes et toutes les paroles à sens multiple.

Pour les psychanalystes, notre inconscient est comme un réservoir de ressources et de connaissances. Sa fonction la plus ancienne serait  liée à la survie : maintenir le corps en vie. Il gère donc les phénomènes biologiques, les instincts, et peut naturellement réparer les petits dysfonctionnements physiques. Il est capable de prendre en charge de nombreuses tâches simultanément et traite beaucoup plus d’informations que le conscient. Pour ces adeptes, l’inconscient gère tous les apprentissages que nous emmagasinons tout au long de notre vie et toutes les expériences semblent y être stockées.

A noter que Freud et ses disciples ont raisonné à une époque où les sciences cognitives étaient inconnues.

 

Influences inconscientes sur nos mouvements

Ce sont des mouvements gérés par notre intuition et des réflexes conditionnés ou innés.

Nous rappellerons les réflexions de Chevreul sur les mouvements inconscients d’un pendule [de sourcier] : « Voir ce pendule osciller et que ses oscillations deviennent plus étendues par l’influence de la vue sur l’organe musculaire et toujours sans qu’on en ait la conscience. » 111.

En effet, des mouvements inconscients sont créés par la vue de certains phénomènes.

 

Intuition

Pour certains psychiatres, c’est une prémonition liée à l’expérience. Elle est comme une petite lanterne qui guide votre chemin. Elle correspond à un sentiment d’évidence s’imposant au sujet pensant, indépendant de toute analyse et de toute démonstration. « C’est par la logique qu’on démontre, c’est par l’intuition qu’on invente. » (Poincaré).

En effet, l’inspiration à laquelle se fient les artistes présente beaucoup de points communs avec l’intuition des savants.

 

Spinoza met en exergue le caractère intuitif de notre connaissance [160] [161].

Pour Bergson [162] « l’intuition, c’est une faculté plus puissante que l’intelligence qui permettrait seule de comprendre spontanément la nature des mouvements et celle de la vie, là où la raison analytique ne subit qu’une succession d’immobilités ».

Selon certains parapsychologues, l’intuition proviendrait d’une source extracérébrale.

 Pourtant, aucune intuition ne provient de connaissance ex nihilo (« tombée du ciel »). Toutes proviennent de l’association de connaissances ou d’idées déjà présentes dans la mémoire. L’intuition peut orienter vers la bonne solution, mais conduire parfois à une  source de délires, car elle  n’est pas source de vérité.

 

Hallucination

Elle est une perception sans objet extérieur : l’hallucination laisse croire à la présence d’un objet ou d’un phénomène qui n’existe pas (Dictionnaire rationaliste).

L’hallucination peut être obtenue artificiellement par des transes sous effet d’hallucinogènes, mais aussi par des exercices physiques, comme dans le cas des derviches tourneurs.

L’hallucination peut être produite par certains corps naturels contenant souvent des alcaloïdes comme la mandragore, les champignons mexicains hallucinogènes ou des plantes d’origine africaine. Dans les rites vaudous, des plantes hallucinogènes peuvent être employées pour obtenir l’état de transe.

Les visions d’un chaman ou d’une personne ayant subi un grave traumatisme, le mettant dans un état proche de la mort imminente, seraient, pour certains parapsychologues et occultistes, les preuves de l’existence d’un autre monde ou au-delà (existant parallèlement à notre monde physique réel). Pourtant, de nombreuses recherches, dont celles du professeur Olaf Blanké, montrent que ces images sont générées par le cerveau et qu’on peut les susciter sur commande en excitant les zones appropriées du cerveau [163] [164].

 

Rêves

C’est une activité mentale particulière qui se manifeste au cours du sommeil.

Historiquement, dans la culture hellénique, les rêves et visions rêvées étaient véhiculées dans la littérature par les muses et les poètes. Depuis des temps  lointains, prophètes, devins, astrologues ont toujours cherché à interpréter les rêves.

Selon Sigmund Freud [165], le rêve passe pour être le gardien du sommeil et la réalisation symbolique, donc déguisée, d’un désir inconsciemment refoulé. Le rêve traduirait un malaise organique localisé. Pour d’autres, le rêve est en correspondance avec un faux souvenir ou une information qui nous trouble profondément.

Le rêve, s’il devient cauchemar, peut être dangereux, par exemple dans une névrose poussée à son paroxysme ou dans les cas de somanmbulisme, mais, dans tous les cas, il y a une échappatoire : le réveil.

 

Rêves prémonitoires

Le rêve peut être apparemment prophétique par intuition pour un événement prévisible ou par un hasard pour un événement ayant de fortes chances de se reproduire. Souvent l’adage dit que la nuit porte conseil et facilite l’intuition dans les rêves prémonitoires.

Le chimiste Kekulé a raconté qu’il aurait trouvé la formule hexagonale du benzène en pensant dans un rêve à un serpent qui se mordait la queue.

 

Impression de déjà-vu

Cette sensation de déjà-vu est souvent la sensation de celle ou de celui qui croit avoir déjà vu ou entendu quelque chose. Il ne faut pas confondre cette sensation avec les faux souvenirs dont l’origine personnelle est réelle, mais dont la vérité a été modifiée.

« Et on estime que ce phénomène très troublant – parfois au point qu’il fait douter celui qui l’éprouve de sa santé mentale – est invoqué par 30 % des individus au moins, surtout entre 15 et 25 ans. Comme si l’adolescence n’était pas suffisamment bizarre comme ça…

Bien que le phénomène de déjà-vu soit souvent ressenti par des patients atteints de certaines formes d’épilepsie, il n’est pas en lui-même un symptôme d’épilepsie. Bien que certains visionnaires y voient les souvenirs d’une vie antérieure et la preuve de la métempsycose – autrement dit d’une réincarnation –, on peut sans difficulté écarter cette hypothèse car le déjà-vu peut concerner toutes sortes d’objets et de situations quotidiennes contemporaines, qui ont tout de même peu de chance d’avoir eu déjà lieu en Égypte ancienne ou sous Napoléon. D’autres ont postulé que le déjà-vu était le souvenir de rêves prémonitoires... Les psychanalystes, qui ont presque toujours une explication pour tout, pensent que le déjà-vu manifeste le désir de rejeter une expérience passée. Mais, cette fois-ci, avec une issue positive. Pour les neuropsychologues, l’hypothèse actuelle qui permettrait d’expliquer la sensation de déjà-vu est la suivante : le cerveau mémorise les souvenirs de telle manière que chaque détail, odeur, couleur, son, d’une scène vécue permet d’accéder à tous les autres détails de la scène, et en particulier aux émotions qui lui sont associées dans notre souvenir. De sorte que si, dans une expérience nouvelle, le cerveau identifie un détail associé fortement à une expérience antérieure, il superpose les sentiments éprouvés au cours de notre première expérience sur celle que nous venons de vivre… et nous fait croire que nous la vivons pour la seconde fois. » [166].

 

Le déjà vécu

Le déjà vécu n’est pas directement lié à une expérience antérieurement vécue, mais provient d’un instant fugace qui parvient de façon répétée à la conscience.

Selon Martin Winckler[167], « la mémoire, dans ce cas, n’est pas un stock de représentations mais une structure dynamique en constante réorganisation. De multiples voies parallèles participent à une reconstruction permanente par intégration de données nouvelles. Pour la sensation du déjà vécu, l’hypothèse est qu’une même observation globale qui parvient de façon décalée de quelques millisecondes au système mnésique par deux chemins différents déclenche l’identification de la répétition comme déjà fait. C’est un déjà fait qui constitue le déjà vécu ».

 

Faux souvenirs ou fausse mémoire

Notre mémoire nous joue parfois des tours, car elle se laisse facilement berner.

Les faux souvenirs proviennent souvent de rumeurs véhiculées par des rumeurs médiatiques. En effet, le pouvoir de suggestion des médias peut imprimer de faux souvenirs dans les mémoires.

Cette conception de la mémoire est difficile à communiquer et à vulgariser car les êtres humains sont attachés à leur passé et à leurs souvenirs. Si nous acceptons l’idée que nos souvenirs sont comme des molécules laiteuses ou vaporeuses mélangées au rêve et à l’imagination, comment pouvons-nous prétendre savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ?

Pour Élisabeth Loftus « comment savoir qui nous sommes ? Qui parmi nous est prêt à admettre que notre emprise sur la réalité est si faible que la vérité reste toujours quelque chose d’impénétrable, que nous imaginons toujours en partie ce que nous nous rappelons…. La mémoire est toujours prête à abandonner un vieux pan usé du passé, en échange d’un morceau neuf et à son ensemble, donnant une impression d’ordre et de propreté d’un changement d’avis par interlocuteur. (p 23) » [168].

Dans les récits relatifs à des miracles comme à Lourdes où à Fatima, on peut penser que de faux souvenirs se sont convertis en faits « réels » pour des enfants très influençables.

 

Certaines psychothérapies, censées rechercher des traumatismes psychiques refoulées, ou encore l’hypnose, comportent un risque réel de manipulations des individus, dont des risques d’induction  de faux-souvenirs chez le patient.

 

Par exemple, des faux-souvenirs peuvent être suggérés sous hypnose ericksonienne. Sous hypnose, on peut influencer des personnes afin qu’ils s’approprient des faux-souvenirs, tels que des faux-souvenirs de supposées "réincarnations", d'abus sexuels ou d'incestes … On peut les convaincre que des faits inexistants ont réellement existé. On peut abuser ces personnes ainsi que leur entourage. Le praticien peut s’abuser lui-même, par sa pratique fallacieuse.

 

Aux USA, en raison justement des ces pratiques fallacieuses, a eu lieu une véritable épidémie de faux-souvenirs, dont ceux d'abus sexuels, conduisant alors à des procès en justice [169] [170] [171].

 

Nous devons à Elizabeth Loftus, expert judiciaire aux États-Unis, par ses nombreux ouvrages de référence sur les faux souvenirs, une meilleure connaissance de ce phénomène. Elle y souligne que la mémoire est malléable et que, lors d’interrogatoires, les policiers ou les magistrats peuvent suggérer des faits aux témoins ou aux suspects. Elle assure que des sujets vulnérables peuvent finalement être convaincus d’être les auteurs de faits qu’ils n’ont pas commis, par le harcèlement de magistrats au cours des interrogatoires.

Les sujets qui adoptent de faux souvenirs ne sont pas tous naïfs ou influençables. Selon Elizabeth Loftus, les faux souvenirs peuvent être si précis qu’ils peuvent comporter des détails cofondants sur les odeurs, les saveurs, le toucher, la vue, l’ouïe.

 

Certains psychothérapeutes essayent de « guérir » cette fausse mémoire par une « thérapie de mémoire retrouvée » (Recovered Memory Therapy, RMT).

En réalité, la RMT produit des fantasmes dérangeants qui sont incorrectement perçus par le patient et incorrectement interprétés par le thérapeute. Faussement appelés Mémoire Retrouvée (RM) par le thérapeute et le patient, ce sont en réalité des Fausses Mémoires (FM) [172].


 Chapitre VI

Méthodes psychiques subjectives

Chacun d’entre nous a cherché à se réconforter par différentes méthodes d’autosuggestion comme la méditation, la prière, la méthode Coué, que nous analyserons ultérieurement.

D’autres méthodes comme l’hypnose ou la transe permettent d’obtenir un certain dédoublement de notre personnalité.

 

Méditation et méditation transcendantale

La méditation est une réflexion prolongée, guidée et soutenue par des méthodes ou doctrines. Celles-ci peuvent être savantes, philosophiques, religieuses, ou profanes.

La méditation demande un effort psychologique (recueillement) et un effort logique d’analyse, ce qui la distingue de la rêverie.

Dans l’histoire de la philosophie, la méditation a suscité des passions avec en particulier Descartes, Pascal, et Malebranche.

Dans le domaine religieux, elle s’est axée sur la contemplation, et la plupart des religions ont encouragé sa pratique.

Certaines religions, dont le catholicisme, ont même fourni des directives pour l’obtention d’une bonne méditation. Pour sa part, le catholicisme appelle oraison une méditation qui fait alterner réflexions et prières.

Pour les adeptes de  la méditation transcendantale, l’être doit se transcender,  c’est-à-dire se surélever par un détachement dans un corps conscient de ses attaches. L’individu cherche à oublier temporairement sa personnalité, d’une part, à l’aide de blocages respiratoires inspirés du yoga et, d’autre part, par une méditation intense.

La méditation transcendantale est d’influence hindouiste, et dans cette doctrine  prédominent un discours intérieur pour un message naïf de paix universelle[173] et une  recherche sur l’optimisation de toutes ses  facultés.

Cet état psychosomatique proche d’une auto-hypnose peut conduire certains individus à une extase. En effet, le contrôle du souffle et de la concentration intime aboutissent au vide mental, aux super-perceptions, et ceci crée un état où le corps agit en automate, tandis que l’esprit est ailleurs, absorbé et ramassé sur une idée fixe.

La méditation transcendantale est employée intensément par de nombreux groupes sectaires, dont la secte hindouiste de Sri Chimoy.

A notre époque, le stress devient de plus en plus important. Devant l’agitation ambiante, certains, pour éviter les tranquilisants, utilisent les méthodes de yoga, de sophrologie où la méditation transcentale est très présente.

Pour ces adeptes «  le voyage offert par la méditation se vit dans une intimité avec soi même ». Au sens oriental, la méditation est une invitation à une expérience psychique pour évacuer ses pensées [174]. Aujourd’hui, d’après une enquète BVA de 1999, un tiers des Français avouent prier ou méditer régulièrement.

Pour un croyant, la méditation renforce le sentiment personnel d’une présence divine.

A l’origine, c’étaient les méditations du Bouddha ou des gourous hindouistes.

Mais en 1968, à leur apogée, les Beatles annoncèrent publiquement qu’ils pratiquaient la méditation transcendentale avec un gourou indien. Beaucoup de gens furent sceptiques sur leur expérience. Le voyage offert par la méditation se vit dans une intimité avec soi-même.

 

Pour une bonne méditation, selon les adeptes, les consignes de réussite sont les suivantes :

 

 

La méditation  oblige à laisser  tomber les oripeaux du paraître. Chacun y trouve ce en quoi il croit, par exemple :

Pour l’athée, le « rien ».

Pour le bouddhiste, « l’ éveil ou satori ».

Pour le chrétien, « le mystère du christ ».


 

Hypnose

Hypnose : du grec « hypnos », sommeil. L’hypnose est considérée comme un sommeil de courte durée provoqué par des procédés divers que l’on connaît et qui n’ont rien de supranormal, comme on le croyait jadis [177].

D'après le dictionnaire "Le Robert" : « l’ Hypnose est l’état voisin du sommeil, provoqué par des suggestions, des actions physiques ou mécaniques, ou par des médicaments hypnotiques.

L'état hypnotique peut apparaître comme un état de conscience modifié temporairement, à la faveur duquel l'opérateur peut avoir des distorsions au niveau de la volonté, de la mémoire et des perceptions sensorielles ...

Avec  Mesmer, Puiségur, Deleuze, l’hypnose était couplée avec du magnétisme animal  au XVIIIe siècle, l’effet du magnétisme et de son baquet favorisait l’hypnose du patient effrayé (voir magnétisme animal) ».

Mais c’est à la fin du XIXe siècle que de nombreux chercheurs, dont Jean Martin Charcot et Sigmund Freud, ont étudié l’hypnose et y ont vu un intérêt en thérapie.

Sans entrer dans les détails, il faut retenir que beaucoup de personnes, avec un peu de pratique, peuvent être capables d’hypnotiser, alors que personne ne peut être hypnotisé s’il ne le désire pas.

Hypnotiser l’autre peut aider à trouver le sommeil plus facilement entre partenaires, mais pour Gérard Majax [178] « Il est facile d’hypnotiser mais cela demande quand même de l’entraînement.  C'est aussi un état naturel que tout le monde peut expérimenter » car pour beaucoup de sujets il est souvent difficile de résister à l’hypnose.

 

Historique de l'hypnose

1766 : Frantz Anton Mesmer (1734 – 1815), après ses doctrimes sur le magnétisme animal (voir magnétisme animal), fit des expérimentations en couplant le magnétisme et l’hypnose.

1784 : Puységur poursuit les recherches sur le magnétisme animal après le départ de Mesmer en Angleterre en 1784, mais de nos jours sa doctrine justifiant une transe somnambulique par magnétisme animal fait sourire.

1864 : le Dr Ambroise A Liébault (1823-1904), médecin Nancéen, commence à s'intéresser à l'hypnose et à la suggestion verbale : " La suggestion, dit-il, est la clé de l'Hypnose".

1878 : Jean-Martin Charcot (1825-1893) crée l'école de la Salpetrière, qui voit l'hypnose comme un état pathologique. Aux yeux de toutes les sociétés savantes, elle sera à l’origine de l’affrontement entre Liébault et l’Ecole de Nancy, et Charcot et l’Ecole de la Salpetrière [179].

1882 : Hippolyte Bernheim (1840-1919), (disciple de Liébault) sera impressionné par les résultats de Liébault et créera l'école de Nancy, qui mettra fin aux théories fantaisistes du magnétisme animal de Mesmer.

1884 : James Braid s'intéresse au magnétisme après avoir assisté à une démonstration donnée par un magnétiseur français, Lafontaine. Il rejette cependant la théorie d'un fluide et pense que la capacité d'hypnotiseur n'est pas un don mais peut s'apprendre. Pour Braid, l'Hypnose est un état spécial du système nerveux provoqué par des moyens artificiels permettant de plonger le patient dans un état de sommeil artificiel, mais surtout de l'influencer à des fins curatives par la suggestion. Il introduit les techniques de fixation visuelle, et crée le terme d'hypnotisme. C'est aussi à cette période que les premières anesthésies par hypnose sont effectuées. Mais ces pratiques furent abandonnées quelques années plus tard avec l'apparition du chloroforme.

1885 : Freud étudie l'hypnose auprès de Bernheim à Nancy, puis à la Salpetrière avec JM Charcot. Freud utilisa l’hypnose à ses début pour faire revivre certaines scènes à ses patients, mais il ne maîtrisa jamais vraiment la technique et l’abandonna rapidement [180].